FINANCES
ET ÉCONOMIE MONDIALES DE 1945 A NOS JOURS
~
Introduction :
Les
statistiques économiques et financières sont récentes et on ne peut
aujourd'hui tracer de tableau de l'économie depuis plusieurs siècles. De 1815
à 1914 (trend à la baisse), le monde capitaliste a connu onze cycles d'une durée
moyenne de 8 ans (Cycles Juglar). Chacun de ces cycles était composé de 4 ans
de d'expansion et de 4 ans de dépression. Chaque se décomposait en 4 phases : expansion,
crise, dépression, reprise. En somme, un rythme à 4 temps.
Mais
de 1945 à 1974, le monde occidental a connu une phase de 30 ans d'expansion.
Cette bizarrerie économique a suffi pour faire appeler cette période les
Trente Glorieuses. On a cru que c'en était fini des variations économiques et
que le monde s'était stabilisé. Cette impression fut renforcée par le fait
que l'entre-deux-guerres fut troublé par la crise économique avec son
protectionnisme et ses fluctuations de monnaies qui empêchèrent tout retour à
la normale.
La période 1945-2000 se décompose donc en trois
temps :
-
1945-1974 : la prospérité
-
1974-1990 : la crise
-
1990-2000 : le retour à la prospérité (cette dernière période ne fera pas
l'objet d'une étude car trop récente)
I)
La reconstruction économique et financière
A) Un système mondial sinistré à
reconstruire
1) En
1945, les économies et les finances mondiales sont sinistrées. Tous les pays,
cependant, ne sont pas aussi durement touchés. les États-Unis possèdent 80%
de l'or mondial.
La
prédominance des pays industrialisés se maintient. Si la plupart des pays
européens ont souffert de la guerre, les forces productives sont intactes.
Globalement, le potentiel industriel de ces pays en 1945 est supérieur à celui
de 1938. la guerre a fouetté l'économie (Textile, métallurgie). On
travaillait pendant la guerre. Même si les dévastations sont importantes, les
pays européens, sur les acquis de la première et de la deuxième Révolution
Industrielle, ne partent pas de rien. 1945 n'est pas une "année Zéro".
Par
contre, le retard des pays pauvres subsiste. Certes, la guerre a permis à
certaines des colonies de développer certaines industries. Mais ce développement
n'a pas été conçu dans un esprit de durée (Algérie, Inde, AEFŠ). Des pays
comme le Brésil, le Mexique, l'Argentine ont accru leurs exportations en
liaison avec les demandes de guerre. C'est un coup porté aux métropoles, coup
amplifié par la décolonisation.
2) Le
morcellement économique et monétaire demeure la règle. Ce phénomène date
des années 1930. Opposition de plus en plus marquée entre monde capitaliste et
socialiste. Avec la soviétisation de l'Europe de l'Est et la victoire
communiste en Chine en 1949, c'est plus d'un tiers de l'humanité qui est régie
par des modes de production socialistes.
La
fragmentation financière est une réalité qui se confirme. Les pratiques
frileuses des années 1930 se confirment. Le Monde est divisée en sphères monétaires
protégées. Les difficultés de l'après-guerre poussent la France et le
Royaume-Uni à renforcer leurs zones "sterling" (Ottawa 1932) et
"franc" (colonies). La puissance américaine a établi implicitement
une zone "dollar" (Continent américain)
La
division du monde en sphères économiques ou financières hermétiques, la
chute de l'Allemagne qui perturbe les échanges en Europe, la bipolarisation du
monde et de l'Europe, tout contribue à rendre hautement improbable toute
tentative de reconstruction à l'échelle mondiale.
3) Sur
le plan financier et économique, on assiste à un affaiblissement de l'Europe
et une hégémonie américaine. Ce n'est que la confirmation de la première
guerre mondiale.
*
L'Europe est détruite, ses monnaies sont rongées par l'inflation, les circuits
d'échanges traditionnels sont rompus, l'unité sociale est déchirée (règlements
de compte), les pays sont endettés d'autant plus que les Américains ont
rapidement, comme en 1918, pratiqué le "dollar-gap" (arrêt des prêts).
Même si la part de l'Europe dans le commerce mondial est forte (38% contre 46%
en 1937), l'affaiblissement de la livre sterling n'est pas signe de lendemains
qui chantent. Après la tentative avortée de retour à la convertibilité-or de
la livre-sterling en 1947, les transactions se font de plus en plus en dollars.
La décolonisation ne fera qu'accentuer cette évolution.
Le
Japon n'est plus la grande puissance d'avant-guerre. Les Américains ont démantelé
les grands trusts. L'URSS est fortement touchée par la guerre. Cette baisse est
due en partie au déplacement des industries, aux déportations et au pillage
allemand. La production industrielle de l'URSS n'est que le quart de la
production américaine. C'était déjà sensible pendant la guerre avec la loi
prêt-bail. Même avec les pays de l'Est, L'URSS ne contribue qu'à 4 % des échanges
mondiaux.
Les
États-Unis sont en position de force. Monopole nucléaire, développeurs de
techniques de pointe (électronique, informatique, aéronautique), les
Etats-Unis ont la moitié des capacités mondiales de production industrielle,
assurent le quart des échanges mondiaux. Ils sont le grenier alimentaire du
monde, possèdent une monnaie qui est l'équivalent de l'or. Seuls, ils sont
capables de proposer une reconstruction mondiale de l'économie.
4)
L'inflation est un facteur qui joue contre la reconstruction. Les origines de
l'inflation, mal déjà connue avant la guerre (La France avait dévalué trois
fois entre 1936 et 1938), sont multiples :
*
déficits commerciaux
*
endettement des États
*
Manque de produits civils
*
déséquilibres budgétaires
*
charges de reconstructions, rattrapage des salaires
*
Guerre de Corée
Cette
inflation, très variable d'un pays à l'autre, interdit toute reconstruction
d'un système viable de monnaies. Ainsi, la lutte contre l'inflation est un préalable
nécessaire au redressement.
B)
La réorganisation des structures
1) La
Charte de l'Atlantique (1941) avait réaffirmé la libre circulation des
marchandises et la liberté des mers. Pour les Américains, principaux
inspirateurs de cette Charte, le protectionnisme des années 1930 avait été à
l'origine de l'aggravation de la crise et une des causes de la guerre. Les Américains
qui ont une industrie en plein rendement, ne veulent pas voir les marchés se
fermer et voir ainsi leurs exportations baisser entraînant une nouvelle crise.
Ce libéralisme permettra aussi aux pays débiteurs des États-Unis de relancer
leurs commerces et donc d'honorer leurs dettes. Aussi, il apparaît très
clairement que Washington est le maître de la situation.
2) Ce
sont les douloureux souvenirs des effondrements de monnaie de 1930 à 1940 et la
triste santé financière des pays en guerre en 1944 qui poussèrent les Alliés
à créer le SMI (Système Monétaire International) afin de stabiliser les
monnaies. En juillet 1944, à Bretton Woods, est remis en place le Gold Exchange
Standard . L'or sert de base au SMI. Les Banques centrales devaient renfermer de
l'or ou des dollars, ce qui revient au même puisque les États-Unis détiennent
en 1945, 80% de l'or mondial. Le dollar est la seule monnaie convertible en or.
C'est sur cette parité fixe du dollar face à l'or que put se faire la
croissance. Toutes les autres monnaies du monde se positionnèrent sur ce
doublet (dollar- or), gage de stabilité. Pour être clair, toutes les monnaies
européennes ont une parité fixe vis-à-vis du dollar. On dit que les monnaies
sont "accrochées" au dollar. C'est d'autant plus vrai, qu'en 1971,
lorsque Nixon suspend le dollar de la parité-or pour pouvoir dévaluer, les
monnaies internationales furent sérieusement malmenés, n'ayant plus aucun
point sûr de référence. Le système a cependant un inconvénient: tout pays
s'engage à défendre sa monnaie dans les limites de 1 % de fluctuation. EX:
(Rappel: la cotation d'une monnaie dépend de la loi de l'offre et de la
demande. Plus une monnaie est demandée, plus sa cotation augmente et
vice-versa) Si le Franc baisse, la banque centrale (Banque de France) doit
racheter des francs sur le marché international . Dans le cas contraire, si le
Franc monte (des spéculateurs achètent tous les francs du marché), la Banque
de France doit mettre sur le marché des Francs pour augmenter la masse en
circulation et affaiblir la spéculation.
Une
caisse de secours mutuel fut créée pour renforcer ce système: le FMI. (Fonds
Monétaire International) Ce Fonds est alimenté, par les pays signataires de
Bretton Woods, au pro-rata de la puissance financière (1/4 en or, 3/4 en
monnaie nationale). Son but est de venir en aide aux pays ayant une balance des
paiements déficitaire. Elle permit ainsi à des pays de ne pas se "saigner
aux quatre veines" pour ne pas sombrer (on évite ainsi la dévaluation, la
déflation, le contrôle des changes). Le rôle du FMI est complété par la
BIRD (Banque Internationale pour la Reconstruction et le Développement)
Cette
stabilité permis un développement des échanges. Un accord très vague (preuve
de la complexité des situations de chaque pays) est signé à Genève en 1947 :
le General Agreement on Tariffs and Trade (GATT). Le libre-échange y est prôné
pour tous les pays signataires. Le dumping (vente à perte)est interdit, le
protectionnisme aussi quelque soit sa forme. 23 pays signèrent ce traité soit
80% des échanges mondiaux (l'URSS n'en fait pas partie). Cette volonté de
libre-échange se concrétisera par d'autres traités régionaux. Le Traité de
Rome (1957), pour l'Europe, en est un exemple.
L'ONU,
garante de ces accords (Bretton Woods + GATT) est aussi un élément de cette
reconstruction par le biais de ses conseils spécialisés (Conseil Économique
et Social, FAO, OIT)
C) Une reconstruction
plus rapide que prévue
D'une
situation désastreuse en 1945, l'Europe est rétablie en 1954 (Reconstruction)
et connaîtra dès lors 20 ans de prospérité inégalée (Croissance).
En
effet, la rénovation des systèmes de production, les acquis technologiques,
une demande en biens forte, l'aide américaine (OECE= bureau de centralisation)
sont à l'origine de la reprise. Ce redressement a connu des rythmes très différents
selon les pays.
Les
États-Unis ont réussi leur reconversion avec brio sans hausse du chômage.
L'URSS, grâce aux prélèvements de guerre, a rattrapé en 1952 son niveau de
1938. Les redressements allemand et japonais ne sont dus qu'à la volonté des
Alliés (guerre Froide + Corée).
Le
redressement anglais est du à une stricte politique financière. C'est cette
politique de la £ qui assura la stabilité en 1949 des autres monnaies européennes.
Dans tous les pays de l'Ouest, les politiques étaient variables mais avaient
toutes le même objectif : la lutte contre l'inflation). De 1949 à 1954, avec
la stabilité des monnaies, le commerce repartit sur des bases saines. (NB: pour
se développer le commerce a besoin de stabilité monétaire)
II)
"Les Trente Glorieuses" (1945-1975)
A) La Troisième Révolution
Industrielle (3° Révolution Industrielle)
1) L'apogée de la 2° Révolution Industrielle
:
En
fait, à partir de 1945, on assiste à l'apogée de la deuxième Révolution
Industrielle, basée sur le moteur à explosion et le pétrole, l'électricité
et la chimie. Cette seconde Révolution Industrielle est apparue à la fin du
XIX° mais n'a réellement pris son essor qu'après la Deuxième Guerre
Mondiale. La consommation de pétrole augmente (Monde: 1946 = 375 MT; 1977 =
3000MT) alors que la part du charbon diminue. En 1939, les trois quarts de l'énergie
provenait du charbon. En 1977, moins d'un tiers contre 42 % pour le pétrole.
Le
moteur à explosion doit sa percée au développement de la voiture qui ne se développe
qu'après la guerre. Le moteur a été du même amélioré.
Si
l'électronique était apparue avant la guerre, elle connaît un essor
formidable en 1947 avec l'invention du transistor qui remplace les ampoules dans
les postes de radio et de télévision.
Dans
le domaine de la chimie, les découvertes de l'entre deux-guerres (Nylon, buna,
néoprène), restées au stade expérimental, trouvent à partir de 1945, une
application industrielle qui explique la baisse rapide des prix de ces produits.
En 1950, on produit dans le Monde, 1 MT de plastique. En 1970, 50 MT.
2) Les débuts de la 3° Révolution Industrielle
:
On
regroupe sous ce terme les découvertes nucléaires, l'informatique, le laser,
l'étude de l'espace et de l'atome. En fait, on s'intéresse à l'infiniment
petit et l'infiniment grand. On remarquera que le temps entre la découverte et
l'application industrielle se réduit.
Le
développement du nucléaire civil procède des essais nucléaires militaires américains
de 1945 et de 1951 (Bombe H). On construit les premières filières nucléaires
pour les centrales. 1950: filière française et soviétique. 1955 : filière américaine
PWR. Depuis 1973, on développe les filières de surgénérateurs. En 1974, après
30 ans de mise au point, la thermie nucléaire est moins chère que la thermie
classique.
Le
laser fut inventé par un américain en 1960 (Maiman). Ce rayonnement, inconnu
dans la Nature, est créé en bombardant un milieu d'atomes instable, d'ondes.
Il s'en dégage une grande quantité d'énergie (milliards de W) en une fraction
de seconde (109). Son usage est multiple (micro-chirurgie, étude spatiale, télécommunications).
L'informatique.
C'est en 1944, à la demande de l'armée qu'est mis au point à Harvard la première
machine à calculer. En 1946, apparaît le premier ordinateur, 18000 ampoules,
qui mettait 28 minutes pour calculer pi à 700 décimales. Il consommait autant
d'électricité qu'une usine. En 1960, apparaît la 2° génération
d'ordinateurs, plus petits et plus rapides, grâce aux transistors. En 1965,
apparaît la 3° génération avec l'association des transistors sur une
"puce". C'est le début des circuits intégrés. En 1970, 4° génération
avec le micro-processeur.
La
conquête spatiale prend son essor en 1957 avec Spoutnik, en 1961 avec Gagarine,
en 1969 avec Armstrong. Puis dans les années 1970, c'est l'application
industrielle (Satellites habités, sondes, satellites, navettes)
En
fait, cette accélération de la technologie s'appuie sur plusieurs atouts :
*
une recherche fondamentale bouleversée par les apports d'Einstein et de Max
Planck sur la physique relative, des nouvelles mathématiques, d'un
renouvellement des Sciences Naturelles (biologie, Génétique)
*
Une recherche de groupe qui s'aide de l'informatique et des nouvelles découvertes
(microscope à balayage électronique)
*
Une recherche de nature systémique. On ne fait pas une recherche pure, on
associe différents secteurs (mathématiques, microbiologie, physique nucléaire,
Š). C'est la conséquence des découvertes d'Einstein qui montre que tous les
aspects de la recherche ont des points communs.
*
Une meilleure et plus rapide collaboration entre chercheurs et industriels qui
financent les projets (56 ans pour le téléphone, 10 ans pour la télévision,
4 ans pour le transistor, 2 ans pour le son laser). Une plus grande
participation des États au financement.
·
Le tableau a
ses ombres et en particulier, les chercheurs essaient de développer une déontologie
de leurs métiers, de se nantir de limites (Oppenheimer, Chabrol, Esclande ( qui
arrête ses recherches sur le clonage des cellules), Leprince-Ringuet
"Science et bonheur des hommes " 1978)
B) Une expansion exceptionnelle
De
1945 à 1974, la production industrielle des pays développés augmente de 5 %
par an , soit un doublement tous les 15 ans. L'originalité de cette période
tient autant dans sa durée (remise en cause des cycles) que dans l'absences de
crises. Tout au plus compte-t-on des récessions, c-à-d des ralentissements de
la croissance (1954, 1958, 1961, 1967, 1970). Pour les observateurs, il s'agit
de phénomènes normaux de réajustement. Si jusqu'en 1960, on peut globalement
parler de rattrapage et de reconstruction, à partir de cette date, on parle de
développement. C'est de ces périodes que datent les miracles économiques
allemands (7,6% an), japonais après les Jeux Olympiques de 1964 (9,6 % an).
Cette
expansion se traduit par un chômage structurel (suremploi), une hausse de
productivité, une période d'investissements, une baisse des prix, une hausse
des salaires donc une demande accrue appuyée sur un crédit abondant qui
entretient cette période d'euphorie. Nombre de pays occidentaux entrent dans
cette période qu'est la consommation de masse (Europe, Japon).
L'explication
de ces croissances tient aux découvertes scientifiques, à la multiplication
des secteurs industriels aux marchés ouverts, à des systèmes d'éducation
adaptés, à la croissance démographique (même en Europe,cf-France Baby-boom)
dans un monde de libre-échange, surplus humain qu'il faut nourrir, habillerŠ,
dans une concentration des entreprises.
Sur
le plan social, on assiste à une redistribution des secteurs économiques. Le
Primaire (3-10%) et le secondaire (35-40 %) baisse alors qu'on assiste à un développement
spectaculaire du Tertiaire (50-60 %). La salarisation progresse (1950=60 %,
1975=85 %)
En
fait il ne faut pas simplifier le tableau. Les croissances sont variables. Le
Royaume-Uni n'a qu'une faible croissance (3 %/an). de même, les forts chiffres
de croissance cachent d'autres réalités moins brillantes. Si les secteurs de
la 2° et 3° Révolution Industrielle sont en plein essor, il n'en est pas de même
d'autres secteurs tels que la sidérurgie, le textile traditionnel,
l'ameublement. Ces secteurs , dans les pays de la 1° Révolution Industrielle
(F, B, Royaume-Uni) connaissent une crise de structures. Les installations sont
obsolètes et les productions sont concurrencées. L'Etat ne s'est pas soucié
de moderniser ces secteurs qui emploient nombre de personnes (Royaume-Uni,
France).
Cette
période a accru le déséquilibre Nord-sud avec un Nord qui connaît un développement
sans précédent et des pays du Tiers-monde sans industrie qui ne vivent que de
la vente de quelques produits de base dont les cours baissent régulièrement.
Ce qui explique la création de l'OPEP, création originale qui n'a pas trouvé
son équivalent pour d'autres produits. En 30 ans, le revenu du Nord par tête
augmente de 6000 dollars, celui du Sud de 81 dollars.
III)
La crise (1973-1985)
A) Les causes de la crise
Il
n'est pas question ici de donner toutes les causes mais seulement les
principales.
1)
Cause
financière :
Comme
en 1929, mais dans un autre contexte, la crise est venue des États-Unis. A
partir de 1960, la balance des paiements américaine est déficitaire suite aux
dépenses au Viêt-Nam, aux investissements des multinationales. La compétitivité
américaine est affaiblie par les résultats japonais et européen d'où une
aggravation de la balance commerciale américaine (encore positive) qui
affaiblit encore plus la valeur du dollar. A la fin des années 60, les grandes
banques centrales du Japon et d'Europe regorgent de dollars, que les États-Unis
ont multiplié pour financer leur déficit. Si bien que la monnaie perd de sa
valeur. On préfère l'or (qui s'enflamme), on brade le dollar, d'où sa baisse.
La Banque Centrale américaine tente de rétablir le dollar sans succès.
En
août 1971, pour la première fois, les États-Unis ont une balance commerciale
déficitaire. Nixon suspend la convertibilité-or. Cette mesure prélude des dévaluations
(déc. 1971=7,1 %, 1973=10 %). Cette mesure veut sauver le dollar qui reste
monnaie internationale mais ne se préoccupe plus des autres monnaies qui étaient
de fait indexées sur lui. On parle dès lors de monnaies flottantes. C'est la
fin de Bretton Woods qui permettait, grâce à l'indexation des monnaies sur le
dollar, de maintenir une certaine stabilité des échanges. Les États-Unis
avaient en vue de rétablir leur balance commerciale et donc leur balance des
paiements et finalement, de sauver leur monnaie. Les monnaies mondiales entrent
dans un ère d'instabilité marquée par des dévaluations en chaîne. L'Europe
réagit en 1972 en créant le Système Monétaire Européen (SME).
2) Cause économique :
A
partir des années 1972, les marchés semblent saturés d'où une aggravation de
la concurrence sur les seuls marchés solvables. Les investissements ne sont
plus aussi rentables puisque l'on vend moins avec des charges salariales qui
continuent d'augmenter. La seule façon de rentabiliser les coûts de production
est d'augmenter les prix de vente car on a atteint des limites en gains de
productivité qui auraient permis de réduire les coûts de production.
L'inflation fait sa réapparition. Cette inflation existait pendant les rente
Glorieuses ("inflation rampante"=5 %). Les dépenses des États,
l'augmentation de la masse monétaire américaine contribue à relancer
l'inflation.
3) Dysfonctionnements :
La
croissance a ses revers. Les villes se sont gonflées de l'exode rural et
deviennent de plus en plus difficile à gérer. le logement est insuffisant, il
y a des problèmes de voirie, la pollution. La crise d'identité de villes qui
ont trop vite grandi, fait prendre conscience que durant la croissance on a pas
tenu compte du social. L'économique l'avait emporté. La crise en France de Mai
1968 et plus généralement dans le monde (États-Unis, Corée, Japon,
Allemagne, Tchécoslovaquie) en sont les manifestations.
Le
chômage, oublié depuis 1930, réapparaît graduellement. Dans les années
1965-1970 arrivent sur le marché du travail, les classes pleines du Baby-boum
d'après-guerre. Les femmes travaillent de plus en plus. le marché de l'emploi
n'est pas extensible dans une période où la croissance s'essouffle. L'indice
de chômage est proportionnel à l'indice de croissance. De même, les
reclassements vers le tertiaire en particulier ont rompu en de nombreux pays l'équilibre
offre-demande de l'emploi.
La croissance ne profite pas à tous. Il y a les laissés pour compte de
la croissance. Les profits l'emportent sur les salaires. 20 M de pauvres aux États-Unis,
les quartiers dégradés de Nanterre, la marginalité à Rome. On assiste à la
naissance du Quart-Monde dénoncé très tôt par l'abbé Pierre en 1954. Les
conflits interprofessionnels sont sous-jacents (cf-employés de banque).
Tous les secteurs ne bénéficient pas de la croissance (Textile, sidérurgie),
les secteurs modernes s'essoufflent.
Certains économistes (Club de Rome) avant la crise annoncent qu'il faut
réduire le rythme voire avoir une croissance Zéro." Les arbres ne montent
pas au ciel".
Déséquilibres financiers, régionaux (Nord-Sud italien), sectoriels,
sociaux, de fortunes, tels sont les revers de la croissance.
Financière puis économique, puis social, la crise se devait d'aborder
le domaine politique et même aboutir à une remise en cause des valeurs de
certains pays. Les années 1973-1985 ont été une période de purgatoire pour
les gouvernements qui devaient trouver un remède guérissant tous ces secteurs
à la fois.
B) La rupture de la croissance et
les crises (1974-1985)
Cette
rupture remet en cause les fondements des Trente Glorieuses. On semble revenir
aux cycles. En fait, la dévaluation du dollar et les crises pétrolières, même
si elles ont une part de responsabilité dans la crise, ont été en fait les révélateurs
des déséquilibres nés de la croissance, des imperfections de la croissance.
loin de revenir un seul aspect (économique), la crise est multiple. Les sociétés
sont bouleversées.
1) Un arrêt brutal de l'expansion :
Les
pays de l'OCDE est ramenée à 2 %/an au lieu de 5 %. Encore ce chiffre est-il
peu parlant. La situation varia dans le temps et dans l'espace avec des
croissances négatives ou nulles.
Ce
ralentissement est à la base du processus de crise. On assiste à une hausse du
chômage. Des entreprises ferment et licencient. Les autres hésitent à
embaucher. On "dégraisse les structures" ( on licencie). Cependant,
certains secteurs modernes (communications) continuent d'embaucher mais, c'est
insuffisant pour pallier les licenciements massifs. Le chômage varie entre 10
et 20 %. L'indemnisation des chômeurs de plus en plus nombreux, des actifs
cotisants de moins en moins nombreux avec en plus une entrée tardive des jeunes
sur le marché, un chômage des moins qualifiés, une population vieillissante,
tout cela contribue à déstabiliser les caisses de sécurité dont l'Etat est
un partenaire (budget grevé).
Des
régions entières sont touchées par un phénomène boule-de-neige (salariés
industriels, commerçants, artisans, professions libérales) - Lorraine, Nord,
Appalaches, Plaine du Pô, Ruhr, Midlands, Limbourg.
2) Un phénomène nouveau : la stagflation
La
crise dans les pays développés présente un caractère jusqu'alors inédit. La
faible ou nulle croissance s'associe à une forte hausse des prix : c'est la
stagflation. Le principe de Philips qui tendait à démontrer que chômage et
inflation était incompatible. Ce postulat de l'école libérale jouait sur le
fait qu'en temps de crise et de chômage, les revenus et les prix devaient
baisser, ensuite de quoi, les équilibres étaient rétablis. C'est sur ce
principe que l'on avait résolu la crise de 1929. Or, en 1974-1985, la situation
est différente et surtout nouvelle, d'où la difficulté à restaurer les
grands équilibres.
L'inflation
varie selon les pays de 10 à 15%. Cette situation encourage plus les placements
spéculatifs que les placements productifs. Ce qui entraîne une aggravation de
la situation de l'emploi.
3) Une chronologie de la crise
On
peut distinguer quatre phases:
*
1972-1974 : le temps
de la gestation: chômage frictionnel normal, inflation rampante, décrochage du
dollar
*
1974-1976 : le
premier choc pétrolier: Conférence de Caracas (1970), de Téhéran (1971). Les
pays pétroliers décident de fixer eux-mêmes les prix (+20%) et de prendre 55%
des bénéfices. Le pétrole passe de 2 dollars en octobre 1973 à 12 dollars en
janvier 1974. Les prix des matières premières minières et agricoles
s'enflamment. C'est la crise dans les pays occidentaux
*
1976-1980 : les années
d'incertitude : le prix du pétrole augmente plus modérément, la croissance
reprend faiblement, les Etats-Unis ont peu senti la crise en pratiquant
l'inflation de dollar. Ils animent encore les commandes dans le monde.
Cependant, le désordre monétaire s'aggrave. malgré les appels répétés à
une restauration de Bretton Woods, toutes les conférences monétaires échouent
(Jamaïque en 1976). Les pétro-dollars abondants déséquilibrent un peu plus
le marché (Krach d'une bourse noire en Arabie Saoudite) ils sont mal investis
ou investis dans des actions à court terme, spéculatifs. Les prix des Matières
Premières augmentent.
*
1980-1985 : la
rechute: second choc pétrolier, les Etats-Unis sont touchés de plein fouet,
les commandes américaines cessent. Tous les pays du monde, capitalistes,
socialistes, en voie de développement sont touchés. La hausse des Matières
Premières entraîne une hausse des produits finis. L'endettement international
est à la limite du supportable. Les États-Unis, la France, les pays
socialistes et surtout les pays en voie de développement voient leurs dettes
augmenter. Celle des Pays en Voie de Développement est multipliée par 5.
Certains sont obligés de demander le rééchelonnement de leurs dettes, des
moratoires. Ils sont touchés à la fois par la hausse des Matières Premières
et des produits finis. Les États-Unis pratiquent avec Reagan des forts taux
d'intérêt et attirent ainsi une bonne part des capitaux disponibles. Le dollar
devient une monnaie forte (4 FF en 1979, 8 FF en 1983). Les contrats sont plus
difficiles à honorer pour les autres pays. Ces derniers sont ainsi privés de
liquidités. Les pays occidentaux sont à leur tour obligés d'élever leurs
taux pour pouvoir résister mais par la même l'argent devient plus cher. On ne
s'endette plus donc on n'achète moins (particuliers et industriels) . La crise
entretient la crise.
C)
Les solutions à la crise
1)
Angleterre : Ce pays ne souffre pas véritablement de la crise pétrolière
sauf de 1973 à 1980. Le Royaume-Uni a des gisements de pétrole. En fait, la
crise est structurelle, ce mal lancinant depuis 1920 et qui résulte du
vieillissement des entreprises britanniques.
*
Les Travaillistes (1974-1979) : Le Labour a réussi en 1974 à rétablir un
climat de confiance avec les syndicats. En échange d'un blocage des salaires,
les syndicats acceptent l'abrogation de lois anti-syndicales et des garanties
pour l'emploi. 1977-1978 sont des années de redressement grâce au pétrole .
Mais en 1978, les ouvriers cassent le contrat social, leurs pouvoirs d'achat ont
baissé d'où des grèves.
*
Les Conservateurs (1979- ) avec Thatcher. Elle rompt avec le dirigisme
travailliste et impose un néo-libéralisme proche du capitalisme sauvage. L'État
ne se chargeant que de la monnaie. Les syndicats sont victimes du thatchérisme,
les entreprises non viables sont fermées ou restructurées. Ne pourront
survivre que les entreprises capables de s'en sortir seules. Elle dénationalise,
elle allège ainsi la charge de l'État. Le bilan est lourd, le chômage est
passé de 1,3 M en 1979 à 3,3 M en 1982. Cet état relance les nationalismes
(17,4 % de chômeurs en Irlande), les heurts raciaux, les affrontements entre
jeunes ayant des idées arrêtées (punk, skinheads). Elle obtient une réduction
de la contribution à l'Europe, dont elle est peu partisane. La guerre des
Malouines (mai-juin 1983) arrive à temps pour lui permettre de conserver le
pouvoir. Certes, la livre se tient bien mais grâce au pétrole à une activité
financière sans précédent qui cache mal le désastre industriel. Les
victoires politiques de Thatcher démontrent cependant que c'est un mal nécessaire.
La baisse du pétrole en 1987 remet en cause le plan Thatcher (1987 : 2,9 M de
chômeurs) qui se trouve fortement controversée au sein même de son parti. Les
Travaillistes accusés d'être les responsables de la crise sont en regain de
popularité après le peu de résultats de la "Dame de Fer".
2)
RFA : La crise pétrolière de 1973 déstabilise quelque peu l'économie
(chômage, baisse des exportations). Le gouvernement de Schmidt (SPD) trouve un
accord avec les syndicats puissants sur un "partage des sacrifices".
La crise de 1980 est plus grave (dette pétrolière, forte baisse des
exportations) mais l'industrie est moderne et la puissance financière, suite à
une habile politique, contribue à limiter la catastrophe. Sur le plan social,
peu de grèves. Mais, la violence est plutôt politique avec la "bande à
Baader", groupe d'extrême-gauche au vocabulaire alambiqué, en liaison
avec d'autres groupes européens (Brigades Rouges en Italie). Ils assassinent en
1977, H.M. Schleyer, le patron des patrons allemands. Les Verts se réveillent,
de même que les Pacifistes. La mort de Baader en 1981 rétablit le calme. En
1982, le CDU H. Kohl bénéficie de la reprise économique mondiale et des
restructurations effectuées. Le consensus ici a porté ses fruits. On s'est
"serrés les coudes" dans la tourmente à l'abri d'une industrie
neuve, de bonne qualité et d'un Deutschmark fort.
3) Le
Japon : Plus
que tout autre pays au monde, le Japon semble avoir passé cette crise sans
grand problème. Tous ses indicateurs sont au vert de 1976 à 1986 (Chômage : 3
%, croissance : 4 %, inflation : 2 %). Comment dès lors expliquer ce
contre-exemple ? Par une industrie ultra-moderne, un syndicalisme acquis à la
cause, une capacité de travail sans équivalent, une redoutable puissance
d'exportation dans tous les pays du monde, des produits d'une qualité irréprochable,
une industrie entièrement tournée vers les importations (tous les scénarii de
crise pétrolière avaient été prévus), une monnaie forte, peu de dépenses
sociales et d'armement et des salaires faibles, une recherche incessante vers
une amélioration des techniques dans les branches anciennes et un développement
délibéré des industries de la Troisième Révolution Industrielle (Foire-Expo
d'Osaka 1976). Mais comme tous les autres pays, il connaît des problèmes qui
sont révélateurs de la crise (scandales politico-financiers, revendications
des pacifistes et écologistes, chômage des PME, retard social). Les écarts de
salaires sont énormes mais le Japon, par sa culture, y est accoutumé, et ce
qui compte, c'est la survie du pays incarné par son Mikado (ou Empereur).
CONCLUSION
:
En
fait, on pourrait multiplier les exemples. Chaque pays a réagi différemment à
la crise selon sa culture, ses pratiques politiques (il est étonnant de
constater que cette crise a bien mis en valeur certaines pratiques politiques
coutumières au pays: alternance politique en Angleterre, aux États-Unis;
panique politique en France, Italie, union au Japon et en RFA, coups d'État en
Afrique), l'état de son industrie, les forces et les faiblesses des économies
et des monnaies. Véritablement, les crises ont eu un effet de révélateur des
tendances profondes des pays aussi bien au niveau des pratiques industrielles,
monétaires ou politiques. Elles en révèlent les forces et les faiblesses.
C'est d'autant plus un révélateur que le scénario de la crise était inconnu
pour tout le monde. Incontestablement, la crise a permis un reclassement mondial
et devrait permettre de tirer des leçons ( dépendance à l'égard des États-Unis,
fragilité des économies s'il n'y a pas de politique réelle d'investissements,
nécessité de mener de front politique économique et sociale ainsi que monétaire,
ajuster le politique à l'économie). Malheureusement, les cas de figure
changent : inflation dans les années 1920, déflation dans les années Trente,
stagflation des années 1970-1980. Il n'est pas certain que les événements
d'aujourd'hui (Est, Afrique du Sud, Asie, intégrisme) ne soient une dernier
soubresaut de cette crise.
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