L’Allemagne
~
I/ UNE NOUVELLE ALLEMAGNE EST NÉE EN 1990
La réunification a imposé une
donne nouvelle, une nouvelle puissance et des problèmes nouveaux. C'est donc à
travers elle qu'il nous aut lire l'Allemagne de l'an 2000.
A/ LA REUNIFICATION DE 1990 CREE UNE
NOUVELLE ALLEMAGNE
1/ 45 ans de développement séparé
a/
1945, année “0 pour l’Allemagne”
Près
de 7 millions de morts, des villes rasées, un territoire morcelé et occupé
par les vainqueurs. L’Allemagne n'existe plus, elle n’a plus de
gouvernement, elle est à la merci des puissances occupantes (États-Unis,
Grande-Bretagne, URSS puis France).
b/
1949 : une division conçue comme provisoire
L’Allemagne
est déchirée par la guerre froide. 2 Allemagnes naissent, la RFA et la RDA.
Elles vont connaître des développements opposés. La division de l’Allemagne
n’était pas prévue : elle est le résultat des dissensions idéologiques
entre l’Est et l’Ouest.
L’URSS
prend en main sa zone d’occupation, tandis que les Occidentaux fusionnent
progressivement leurs zones respectives. La RFA possède ainsi un territoire étiré
du nord au sud (248 000 km 2), qui se trouve rejeté vers l’axe rhénan et séparé
de la capitale historique. Berlin-Ouest se retrouve enclavé dans la RDA. La RDA
possède un territoire compact (107 000 km 2), où la capitale, Berlin-Est,
occupe une position presque centrale. Mais cette division a toujours été
considérée comme provisoire, comme en témoigne la loi fondamentale (Grundgesetz)
de la RFA (1949) qui prévoit le parachèvement de “l’unité et la liberté
de l’Allemagne”.
c/
Deux États, deux identités, deux développements distincts
En
1949, se créent donc deux états :
-
la République Fédérale Allemande à l’Ouest, capitale Bonn. C’est un état
fédéral : elle se compose de Länder à forte autonomie, des parlements régionaux
sont élus. La reconstruction économique est facilitée par la plan Marshall et
la réforme monétaire de 1948 assainit la situation. En mai 1949, création de
la RFA (Bundesrepublik Deutschlands) et en août, élection du Bundestag au
suffrage universel. Konrad Adenauer en est le premier chancelier (1949-1963). La
RFA est atlantiste (adhésion à l’OTAN), européenne. Le choix de la
capitale, Bonn, illustre cet ancrage à l’ouest..
-
Bien différente est la République Démocratique Allemande à l’Est, capitale
Berlin. Dès 1945, les Soviétiques entreprennent la transformation profonde des
structures économiques de leur zone : réforme agraire (expropriation,
confiscation et collectivisation des terres, création de coopératives de
production), réforme des l’industrie (saisie des banques, nationalisations).
Dès 1946, le pluralisme démocratique n’existe plus, et en octobre 1949 la
zone soviétique devient une démocratie populaire : la RDA (Deutsche
Demokratische Republik). En 1952, une réforme instaure la centralisation du
pouvoir. La RDA est conçue comme un Etat socialiste, et accessoirement allemand
(dans le sigle DDR, Deutsche n’est qu’un adjectif) puisque le marxisme-léninisme
privilégie l’internationalisme.
2/ L’Allemagne réunifiée :
un Etat souverain au centre de l’Europe
Les deux Allemagnes s’étaient installées
dans la division. Et la réunification restait un objectif théorique dont l’échéance
apparaissait de plus en plus lointaine. Aussi l’unification définitive de
l’Allemagne, acquise en moins d’une année, s’est-elle faite dans
l’euphorie.
La réunification : un processus rapide
9 novembre 1989 : ouverture du Mur
de Berlin et de la frontière entre les deux États,
– 18 mars 1990 : élections
libres, remportées par les partis démocratiques favorables à l’adhésion à
la RFA,
– 1er juillet 1990 : union monétaire,
– 31 août 1990 : traité d’union, la
législation de la RFA s’étend à la RDA,
– 12 septembre 1990 : traité “2 +
4” (RFA, RDA + les 4 puissances occupantes, appelé aussi traité de Moscou)
par lequel l’Allemagne retrouve sa pleine souveraineté moyennant le respect
des frontières héritées de la seconde guerre mondiale,
– 3 octobre 1990 : signature du traité
d’unification.
L’unification allemande est bien un élargissement
de l’Allemagne fédérale, ou si l’on veut l’annexion de la RDA par la
RFA, qui s’est faite en vertu de l’article 23 de la loi fondamentale qui prévoit
la possibilité d’adjoindre de nouveaux Länder (ce qui d’ailleurs a facilité
l’entrée de l’ex-RDA dans la CEE). La RFA a étendu ses lois et son
fonctionnement sur tout le territoire de l’ex-RDA dont le système a été
totalement détruit.
B/ UN TERRITOIRE NOUVEAU, ENFIN STABILISE
?
1/ Un territoire à géométrie
variable
- Il existe une puissance
allemande depuis longtemps en Europe centrale, mais ses frontières sont très
mouvantes et difficiles à stabiliser. Un 1er Reich se constitue au Moyen-Age
sur les ruines de l’Empire de Charlemagne, mais pendant longtemps le
morcellement politique est important (jusqu'en 1871).
- L’unité allemande n’est réalisée
que tardivement. Le 18 janvier 1871, la Prusse proclame l’unité allemande. Le
IIème Reich est né, il est très vaste. le chancelier Bismarck en a été le
principal artisan. La naissance de l'Allemagne moderne change la donne en
Europe.
- La défaite de 1918 et le traité
de Versailles diminuent l’Allemagne à l’Est.. La chute du 3ème Reich, en
1945, conduit à un nouveau rétrécissement : l’Allemagne est alors à son
plus bas. Tous ses territoires originels, à l’est (Prusse) sont perdus.
2/ Depuis 1990, un territoire
recentré au coeur de l’Europe
La réunification a recentré l’Allemagne
plus à l’Est que ne l’était la RFA. La RFA était largement axé sur le
Rhin, la nouvelle Allemagne est plus en Europe centrale qu’en Europe de
l’ouest. C’est un compromis acceptable entre l’ancien Reich et la RFA.
L’Allemagne d’aujourd’hui, s’étend
sur 357 000 km2 (640 km de large). C’est modeste : le 4ème rang de l’Union
Européenne (après France, Espagne, Suède). L’Allemagne rêve-t-elle d’un
nouveau grand avenir en Europe ?
La superficie de l’Allemagne réunifiée
reste modeste, mais son territoire est aujourd’hui plus compact et surtout
occupe une position géopolitique centrale au sein du continent européen.
Berlin devenue capitale montre ainsi ce glissement vers l’Est.
L’Allemagne jouxte des territoires plus
petits et beaucoup moins puissants. Elle a vocation à exercer une réelle
attraction et une certaine domination sur cet espace centre-européen. Pour
autant, on est loin des années trente : aucune velléité de reconstituer une
grande Allemagne n’est décelable aujourd’hui. La nouvelle Allemagne, même
si son territoire est plus à l’Est, est solidement ancré dans l’U.E. et ce
nouveau territoire semble stabilisé pour longtemps.
3/ Du nord au sud, 3 Allemagnes
a/
L’Allemagne du nord
Un
espace de plaines (la grande plaine d’Europe). Aptitudes agricoles très inégales,
seules les “Börde” sont vraiment des terres riches. C’est là que court
le grand axe Ouest-Est qui relie la vallée du Rhin à Berlin via Hanovre. Ces Börde
coïncident avec un axe de fortes densités.
Le
nord est aussi l’Allemagne maritime. Le littoral de la mer du Nord et de la
Baltique est marqué par des estuaires larges et profonds et est très favorable
à l’installation de ports : Brême, Hambourg, Kiel, Rostock. Les grands et
anciens ports (depuis La Hanse : association de cités marchandes constituée à
partir du 13ème siècle afin de développer le commerce entre les Europe de
l’Est, de l’Ouest et du nord) s’y trouvent, Hambourg en tête.
b/
L’Allemagne moyenne
Des
massifs d’altitude moyenne (1500 mètres maxi) avec des vallées encaissées.
Beaucoup de forêts (forêt noire, la “Schwarzwald” si importante dans la
culture allemande). C’est en bordure de ces massifs que se situent les grands
gisements de charbon sur lesquels l’Allemagne a fondé une partie de sa
puissance (Ruhr, Sarre).
C’est
aussi l’Allemagne de la vallée du Rhin, qui reste un axe majeur dans
l’organisation du territoire tant par la concentration industrielle et de
population.
c/
L’Allemagne du sud
Élévation
progressive en altitude. Une région petite mais différente du reste du pays.
Une étroite bande sud est même alpine. Le point culminant : le Zugspitze à
2970m. Là débute les Alpes. Ce sont les régions les plus touristiques et les
plus dynamiques économiquement avec notamment la Bavière. C’est aussi l’Allemagne
catholique.
d/
Un territoire favorable aux échanges
Le
territoire allemand ne présente donc aucun obstacle majeur à la circulation.
Mieux, les fleuves constituent des voies de communication naturelles très
importantes : le Rhin à l’ouest (865 km presque entièrement navigables) et
ses affluents (le Neckar, le Main), l’Elbe à l’est (700 km), le Danube au
sud. Le Rhin reste l’axe structurant de l’Europe occidentale (de Rotterdam
à la Suisse).
4/ Politiquement, un territoire
fédéral
La
tradition du fédéralisme est ancienne dans le monde germanique : au temps du
St Empire, les terres et villes d’empire sont autonomes. La division politique
fut donc la règle jusqu’à la deuxième moitié du 19ème siècle où la
Prusse imposa un état centralisé et unitaire. Cette centralisation s’acheva
en 1945. Elle n’avait pas de racines historiques fortes en Allemagne.
En
1945, le choix du fédéralisme fut fait par les alliés qui imposèrent dès
1946 la création et un découpage assez artificiel des Länder. Il y a 16 Länder.
Un
Land est un véritable état avec son gouvernement, son président, ses assemblées
élues, son administration, son budget. Il est compétent pour :
l’enseignement, la culture, la justice...
L’Etat
fédéral gère les affaires communes aux Länder. La monnaie, la défense, la
diplomatie sont des compétences fédérales. Il se compose :
-
d’un chancelier, choisit parmi la majorité qui l’emporte aux élections législatives
tous les 4 ans. Depuis 1945, CDU et SPD ont alterné au pouvoir mais la CDU a
plus souvent dirigé (Adenauer 1949-1963 CDU, Ehrhard 1963-1966 CDU, Kiesinger
1966-1969 CDU, Brandt 1969-1974 SPD, Schmidt 1974-1982 SPD, Kohl 1982-1998 CDU,
Schröder 1998-2002 SPD). Le système apparaît donc comme assez stable (par ex.
la clause des 5% exclut les petits partis).
-
d’un Bundestag (assemblée nationale) qui représente le peuple.
-
d’un Bundesrat qui représente les Länder (de 3 à 6 délégués par Land)
La
vie politique en Allemagne est relativement simple et caractérisée par une
forte stabilité : elle est organisée autour de deux grands partis, à droite
la CDU/CSU (démocrates-chrétiens de H. Kohl), à gauche le SPD (sociaux-démocrates
de G. Schröder), et de petits partis qui font l’appoint : à droite, le FDP
(libéraux), à gauche, les Grünen (écologistes). Aux extrêmes : les
Republikaner (droite) et le PDS (héritier de l’ex-PC de RDA). La forte crise
qui a secoué la CDU en 2000 (suite à des problèmes de corruption mettant même
en cause l'ancien chancelier Kohl) pourrait remettre en parti en question ces équilibres.
C/ UNE POPULATION PLUS NOMBREUSE
1/ Le pays le plus peuplé de
l’Union Européenne
Aujourd’hui
l’Allemagne compte 82 millions d’habitants (dont 15 millions pour
l’ex-RDA).
D’où
une densité de 230 hbts/km2, soit plus du double de la France. C’est le résultat
d’une forte croissance démographique au 19ème siècle, car au Moyen-Age
l’espace allemand était couvert de forêts et très peu peuplé.
2/ Une population urbaine située
surtout sur les grands axes
Les
plus fortes densités accompagnent l’axe rhénan dans de vastes régions
urbaines constituées autour de grands foyers industriels et souvent situés sur
des confluents :
- Rhin-Ruhr : Düsseldorf, Essen, Dortmund, Cologne.
- Rhin-Main : Francfort, Wiesbaden.
- Rhin-Neckar : Mannheim, Ludwigshafen.
Autre
espace de fortes densités : les Börde (Dortmund, Hanovre, Leipzig).
Enfin,
le sud de l’ex-RDA, autour de centres industriels comme Leipzig, Dresde et
Chemnitz.
Depuis
la réunification, les contrastes restent importants : la densité est de 265
hab./km2 à l’ouest contre 145 à l’est (moyenne nationale : 230 hab./km 2).
Les plus faibles densités sont observables dans la plaine du Nord et dans les
massifs hercyniens (massif rhénan, forêt de Bavière).
90%
de la population est urbaine. Mais un réseau urbain différent de celui de la
France : pas de capitale hypertrophiée et davantage de grosses villes moyennes.
L’Allemand vit dans les communes péri-urbaines ou dans de grosses villes
moyennes. Le fédéralisme et l’histoire y sont pour beaucoup. Ainsi, 7 agglomérations
dépassent le million, Berlin en tête, avec “seulement” 3,5 millions
d’habitants.
3/ L’Allemagne au coeur de
puissants mouvements migratoires
L’absence
d’ancrage dans un territoire contribue sans doute à expliquer la dissociation
entre la nationalité (appartenance à un peuple) et la citoyenneté
(appartenance à un État). Donc, dans ce contexte, le droit du sang a une légitimité
historique plus grande que le droit du sol. C’est resté la règle jusqu’à
aujourd’hui. On possédait la nationalité par héritage; sauf cas
exceptionnel, on ne pouvait l’acquérir. Le gouvernement SPD de Gerard Schröder
est toutefois en train de modifier cette législation pour la rapprocher de
celles en vigueur dans les autres pays d'Europe. La nationalité allemande
deviendra plus accessible. C'est une profonde transformation pour ce pays.
L’Allemagne
est une grande terre d’immigration. Son histoire et sa position de contact en
Europe centrale entre monde germanique et slave peut l’expliquer.
Il
convient donc de distinguer deux mouvements immigratoires.
a/
L’immigration germanique
–
entre les deux Allemagnes (les Übersiedler) : 3 millions de personnes sont passées
de la RDA à la RFA entre 1945 et 1989 (surtout des adultes qualifiés, s’intègrent
facilement) ; cette immigration a fortement augmenté en 1989-90 (500.000
personnes), puis a ralenti.
–
depuis l’Europe centrale (les Aussiedler) : depuis 1945, les Allemands d’Europe
centrale ont été accueillis sans restrictions, même s’ils ne parlaient pas
allemand. De 1945 à 1961, une dizaine de millions de personnes se sont installées
en RFA. Le mouvement a repris depuis 1989 : 2 millions de personnes ont immigré
depuis la Pologne et la Russie (immigration surtout familiale, pauvre, peu
qualifiée, qui a du mal à s’intégrer).
b/
L’immigration étrangère
Même
si l’immigration se tarit, le pourcentage d’étrangers pourrait augmenter en
raison du faible dynamisme de la démographie allemande. Les apports extérieurs
sont variés et rentrent dans un cadre juridique qui distingue entre les
migrations économiques et les migrations politiques.
-
Les réfugiés politiques :
Le
droit d’asile, garanti par la Loi fondamentale, était accordé de manière
libérale. Depuis 1989, la RFA a été un des pays les plus sollicités par les
demandeurs d’asile venant surtout d’Europe de l’Est. Le maximum a été
atteint en 1992 avec 438.000 demandes (65% du total de l’UE). Depuis, le
niveau est retombé (130.000 demandes en 1994), le droit d’asile ayant été
rendu plus restrictif en 1993.
-
Les travailleurs immigrés (Gastarbeiter : les travailleurs invités) :
La
RDA a préféré combler la pénurie de main d’œuvre par le travail féminin
plutôt que par le recours à l’immigration : en 1989, la RDA comptait moins
de 200.000 étrangers (soit 1% de la population), socialement peu intégrés.
Au
contraire, la RFA a fait appel à une nombreuse main d’œuvre étrangère dans
les années 60 et 70. La RFA régulait les entrées par une politique de
contrats avec les pays fournisseurs de main d’œuvre : l’Italie (1955), l’Espagne
et la Grèce (1960), la Turquie (1961) et la Yougoslavie (1968). Cette
immigration a été massive : entre 1955 et 1973, 14 milions d’étrangers sont
venus en RFA (principalement du pourtour méditerranéen) mais 11 sont repartis.
L’immigration a été stoppée fin 1973.
c/
Les étrangers en Allemagne
Avec
les familles et les enfants nés sur place, les effectifs étrangers
atteignaient en 1989 5,4 millions de personnes (8,2% de la population). 1/4
proviennent d’un pays de l’UE (italiens, grecs), mais les communautés les
plus nombreuses sont les Turcs (1,9 million) et les ressortissants de
l’ex-Yougoslavie (1,3 million). Leur localisation reste très inégale. On
compte moins de 200.000 étrangers en ex-RDA (officiellement). En ex-RFA, seuls
trois Länder dépassent les 12% d’étrangers (Hambourg, Hesse,
Bade-Wurtemberg). En fait, les populations étrangères sont fortement concentrées
dans certaines villes : Francfort (25% d’étrangers), Munich et Stuttgart
(plus de 20%) et dans certains quartiers.
L’intégration
au sein de la société allemande est très difficile. Les naturalisations sont
peu nombreuses : 15.000 par an dans les années 80, 20 à 30.000 dans les années
90. Le taux de naturalisation est un des plus faibles de l’UE : moins de 1%
des étrangers, contre 3% en France et 7% en Suède. L’Allemagne a tout de même
assoupli les critères de naturalisation, mais pour la 3ème génération
d’immigrés. Mais la double nationalité est refusée (c’est un obstacle
pour les Turcs surtout).
La
vague de xénophobie observée au début des années 90 est surtout due à une
perte de repères et à la déshérence économique puisqu’elle a concerné
surtout la partie orientale (ex Rostock, 1992)... la moins touchée par
l’immigration !
II/
UNE GRANDE PUISSANCE EN MUTATION
L’Allemagne est une grande
puissance, mais, tout comme le Japon, essentiellement économique. La réunification
a cependant amené là aussi bcp de nouveautés : difficultés économiques et
aspiration à jouer un rôle international.
A/ LA 3EME PUISSANCE ÉCONOMIQUE DU MONDE
1/ La 3ème industrie du monde
a/
Des ressources limitées
L’Allemagne
est une vieille puissance industrielle qui a décollé au 19ème siècle, en
partie grâce à ses ressources naturelles :
-
houille de la Ruhr et de la Sarre,
-
lignite de Saxe (Leipzig, Cottbus).
Pour
le reste, l’Allemagne est mal dotée en ressources naturelles.
Aujourd’hui,
l’Allemagne consomme toujours beaucoup de charbon (1/4 de la consommation d’énergie),
mais un chiffre en recul du fait de la baisse des réserves et des pressions écologistes.
Le
reste de l’énergie consommée : surtout du pétrole importé.
Hydroélectricité
restreint.
Différence
par rapport à la France : l’Allemagne a stoppé tout développement nucléaire
depuis de nombreuses années, les centrales d’ex-RDA , dangereuses, ont été
fermées.
Résultat
: une dépendance énergétique forte, de l’ordre de 60% et une pollution
d’origine industrielle encore forte.
b/
Mais une grande puissance industrielle
L’Allemagne
doit son succès économique a son industrie, ancienne et de grande qualité.
Elle a connu un “age d’or” dans les années 60 avec de très fort taux de
croissance.
Elle
occupe encore plus d’1/3 de la population active (contre moins d’1/4 aux EU)
-
L’Allemagne
produit de tout, mais a quelques spécialités très fortes :
-
chimie et pharmacie (longue tradition, nombreux prix Nobels dès le 19ème siècle),
-
automobile : Volkswagen (1er Européen) à Wolfsburg, BMW (Munich), Mercedes
(Daimler-Chrysler) à Stuttgart, Porsche à Stuttgart
-
machine-outils : Veba, RWE (Ruhr-Rhénanie),
-
electronique-electricité : Siemens (Bavière), Bosch (Stuttgart)
-
sidérurgie : Krupp-Thyssen (Duisbourg),
-
une agriculture plus modeste mais de puissants groupes agroalimentaires (Bahlsen,
Herta, et plus d’un millier de brasseries)
-
un démarrage récent mais puissant des nouvelles technologies au sud.
->
Un espace industriel puissant en Rhénanie et au sud.
c/
Un modèle dual, un modèle de cogestion
-> “Konzern” et PME
Une
structure d’entreprise solide :
-
de très grands groupes européens et mondiaux conquérants : alliance
Daimler-Chrysler, tentative (mais échec : revente en mars 2000) de BMW sur
Rover, Volkswagen sur Skoda. L’Allemagne est le pays européen comptant le
plus de très grandes entreprises. On parle de “Konzern”, cad de groupes aux
activités diversifiés (ex. Daimler-Benz).
-
une pépinière de PME dynamiques. Elles sont vitales et emploient plus de 4
Allemands sur 10.
->
La cogestion
La
RFA a voulu construire une “économie sociale de marché dont le but était :
la croissance économique + la justice sociale. D’où des conventions
collectives généreuses, une participation active de tous pour éviter les
conflits sociaux et augmenter les pouvoirs d’achat. D’où aussi la
cogestiondasn les grandes entreprises où dirigeants et personnel sont représentés
dans les instances dirigeantes des entreprises.
Un
système très différent du capitalisme très libéral à l’américaine.
2/ La 2ème puissance
commerciale du monde
a/
Des excédents records
Une
balance commerciale toujours très excédentaire (depuis 1951 !). Peu de déficits
(Japon, Moyen-Orient). L’Allemagne c’est environ 9,5% du commerce mondial
(France 5%).
Des
produits chers mais de qualité et réputés internationalement (“made in
germany”).
L’Allemagne
vend d’abord en Europe (en France et en Europe de l’Est) : elle est bien une
grande puissance régionale.
b/
Un territoire bien maîtrisé
Cette
puissance commerciale s’appuie sur un excellent réseau de transports.
Les
infrastructures sont complètes et de grande qualité :
-
un réseau d’autoroutes complet, plus de 11 000 km quadrillant tout le
territoire,
-
un réseau fluvial bien mis en valeur (grande différence avec la France).
C’est l’un des plus puissants du monde (20% du trafic marchandises). Centré
sur le Rhin il couvre tout le pays grâce à ses canaux à grand gabarit. La
liaison Main-Rhin-Danube place l’Allemagne au cœur d’une véritable
“autoroute liquide”. Rattachés à ces réseaux, les ports maritimes sont
actifs. Hambourg est au 6ème rang des ports de conteneurs (derrière Rotterdam
toutefois).
Francfort
est le 2ème aéroport continental européen. L’Allemagne compte 15 autres aéroports
internationaux.
3/ Une domination financière
incontestée en Europe
Un
système bancaire très puissant : la récente fusion Deutsche Bank-Dresdner
Bank (mars 2000) a créé le 1er groupe bancaire du monde.
La
grande capitale financière : Francfort (siège Buba, BCE).
Allianz
est le 1er assureur en Europe.
Cette
puissance financière est très solide. Elle repose sur la puissance
industrielle et sur la Mark, réputé être une monnaie sûre, stable et forte.
Le Mark est la 2ème monnaie de réserve après le dollar. C’est aussi une
monnaie d’échange dans certains pays d’Europe de l’Est.
Le
Mark a été bien géré par la BuBa qui a toujours veillé à éviter tout
retour de l’inflation qui déprécierait la monnaie (souvenir noir des années
20). Cette banque centrale, respectée, est largement indépendante du pouvoir
politique. C’est sur son modèle que s’est construit la BCE.
Au
sein de l’UE, l’Allemagne mène donc le bal d’un point de vue monétaire
(Pacte de stabilité).
Incontestablement,
l’Allemagne est une plus grande puissance financière et monétaire que le
Japon.
En
fait, seule la balance touristique, très déficitaire, amène un peu d’ombre
au tableau.
B/ UNE PUISSANCE EBRANLEE
1/ Un double choc : réunification
et mondialisation
a/
Toujours plus de mondialisation
Des
marchés mondiaux toujours plus ouverts (grand marché européen + OMC : un
contexte de mondialisation) d’où beaucoup d’opportunités pour les grandes
entreprises, mais aussi une concurrence très sévère. L’Allemagne souffre de
ses très hauts coûts de production les salaires notamment étant parmi les
plus élevés du monde et le temps de travail relativement bas. D’où des délocalisations
importantes (Mercedes en Lorraine pour la SMART par ex, ou Siemens...). La
puissante DGB exerce une très forte pression sur les entreprises et arrache régulièrement
d’importantes hausses de salaires.
Dans
ces conditions, l’Allemagne attire moins les investisseurs qui lui préfèrent
la France ou la Grande-Bretagne.
Le
taux de croissance de l’économie allemande a beaucoup baissé. On espère 2%
cette année.
b/
La réunification, le mariage le plus cher du siècle
Désiré
depuis longtemps par tous les Allemands, elle fut un choc sévère du fait de sa
rapidité et de l’écart qui s’était creusé entre RFA et RDA.
Helmut
Kohl en est le grand artisan : il obtient l’accord des anciens occupants
(traité “2+4”) et traite les Allemands de l’Est à égalité (1 Mark Est
= 1 Mark Ouest) malgré les recommandations de la puissante BuBa (Bundesbank) en
1990.
La
réunification est un immense succès politique et un événement majeur de
cette fin de siècle. Mais aussi beaucoup d’illusions à court terme et une
sous-estimation des problèmes et des coûts. On a trop cru au début que la
puissante RFA relèverait facilement et rapidement la petite et défaillante
RDA.
10
ans après la réunification s’avère être un gouffre financier et la remise
à niveau de la RDA est toujours incomplète :
-
la production s’est effondrée à l’Est car les entreprises étaient vétustes
et non viables dans une économie capitaliste. Il a fallu privatiser, brader, dépolluer
(Chemnitz) et raser. Un exemple symbole : la fameuse Trabant.
-
plus de 1000 milliards de Marks ont été injectés en RDA, d’où un
creusement des déficits de l’Allemagne et in gonflement des impôts.
La
RFA s’est saignée financièrement et la tâche n’est toujours pas achevée...
2/ Plus de problèmes pour la
société allemande
-
Chômage dans les années 90 : 10%, surtout à l’est. Il recule un peu
actuellement, mais reste à un niveau élevé pour l’Allemagne. Un phénomène
nouveau pour l’Allemagne depuis les années trente.
-
Plus de pauvreté et d’inégalités. Phénomène général qui n’épargne
pas l’Allemagne. La crise des comptes publics (déficits : la dette publique a
doublé depuis 1989 pour atteindre 60% du PNB) poussent les états à réduire
certaines de leurs dépenses à un moment où l’économie se mondialise ce qui
est favorable aux plus qualifiés, mais défavorable au plus faible et aux moins
qualifiés qui subissent la concurrence des pays à bas salaires.
-
Vieillissement : la fécondité est en chute libre depuis 1970. Environ 1,3
enfants par femme actuellement, c’est très insuffisant. Le décrochage a été
brutal, d’oùun vieillissement rapide. Actuellement, il y a chaque année
autant ou plus de décès que de naissances, d’où dépopulation. Inquiétant
: problèmes sérieux sur les retraites à venir.
-
Le mur dans les têtes : 2 Allemagnes font-elles un seul peuple ? Intégration
très imparfaite entre “Ossis” et Wessis”. Les Ossis se sentent tjs des
Allds de 2ème classe, un réel malaise. Ils apprécient la liberté mais
supportent mal la précarité de l’économie de marché. L’écart de niveau
de vie persiste. Le mur reste donc présent dans les têtes . Kohl : “l’unité
est faite, reste à faire l’unification des Allds”.
-
Xénophobie : ces problèmes nombreux et variés expliquent une crainte chez les
Allemands les plus fragiles (classes populaires, Est) d’où une résurgence
localement de xénophobie (incendie de foyers d’immigrés à Rostock en 1992)
et de beaux scores pour l’extrême droite ex-RDA (la DVU).
3/ Le modèle allemand à l’épreuve
des mutations actuelles
Dans
ces conditions, c’est le modèle allemand de cogestion qui avait garanti une
assez bonne cohésion sociale qui risque d’être en partie remis en cause :
-
le gouvernement fédéral cherche à réduire les dépenses, donc ses
interventions,
-
les entreprises sont aspirés par le libéralisme ambiant (d’où plus de délocalisations
et de rotation du personnel),
-
les syndicats résistent mais le nombre d’adhérents, traditionnellement élevé,
diminue. On assiste à un durcissement des relations sociales et un plus grand
nombre de grève.
-
Le consensus allemand souffre et la société, tout comme au Japon, s’est américanisée.
C/ UNE PUISSANCE INTERNATIONALE TOUJOURS
MODESTE
L’Allemagne retrouve et revendique un rôle
international accru. Il n’en reste pas moins modeste et inférieur à sa
puissance économique.
1/ L’Allemagne au centre de
l’Europe
-
De part sa position géographique, une position qui lui permet d’être au
centre des flux Est-Ouest, mais aussi Nord-Sud. Position de plus privilégiée
dans la perspective de l’adhésion à L’UE des pays d’Europe de l’Est
dont l’Allemagne est déjà un partenaire privilégié.
-
De part son poids économique dans l’UE 1er PNB, 1ère population, 1ère
puissance commerciale, et de loin. Sa domination est forte également vis à vis
de la Suisse et de l’Autriche qui travaillent surtout avec l’Allemagne.
L’Allemagne est donc bien la grande puissance européenne, et elle est bien
une puissance d’abord régionale, continentale, européenne.
2/ Un rôle international légèrement
accru
Avant
1990, l’Allemagne ne joue qu’un rôle international très limité. Privée
de souveraineté nationale, occupée, coupée en deux, la RFA avait un rôle
politique marginal.
Depuis
1990 l’Allemagne a retrouvé sa souveraineté : la présence de troupes étrangères
ne lui est plus imposée mais dépend de sa volonté propre.
L’Allemagne
ne s’interdit plus de mener des opérations militaires internationales, et ce
même si elle n’a participé ni à la guerre du Golfe, ni aux conflits en
Bosnie.
L’Allemagne
a aujourd’hui moins de complexes, elle commence à s’affranchir de son lourd
passé qui bloquait ses initiatives. L’arrivée au pouvoir d’une nouvelle génération
incarne cette Allemagne plus sûre d’elle-même.
Elle
participe à la construction d’une Europe de la défense dans le cadre de
grands regroupements d’entreprises (fusion EADS).
3/ Toujours une puissance
secondaire
Pourtant
l’Allemagne est bien loin d’égaler les EU internationalement. Son armée
reste réduite et non nucléarisée (interdiction confirmée par le traité
“2+4”). L’Allemagne compte donc toujours et d’abord sur l’OTAN (et
donc sur les EU) pour assurer sa défense (au grand désespoir de la France !).
Sa
langue ne connaît un réel rayonnement qu’en Europe centrale.
Elle
revendique un poste au conseil de sécurité de l’ONU sans toutefois y
parvenir jusqu’à présent.
Tout comme
le Japon, l’Allemagne se contente encore largement d’une “diplomatie du chéquier”
: l'Allemagne subventionne les interventions des "pays gendarmes" (les
EU d'abord, la France un peu) sans intervenir directement.
III/
UNE NOUVELLE ORGANISATION DU TERRITOIRE
Le clivage le plus évident est le clivage
Est-Ouest hérité surtout de la partition de l’Allemagne. Depuis la réunification,
le contraste Est-Ouest n’a pas cessé, bien au contraire. Les centres de décision
de la RDA (Berlin, Leipzig, Dresde) ont perdu les sièges sociaux des grandes
entreprises. La privatisation a surtout consisté en un transfert massif de la
propriété d’est vers l’ouest (les Allemands de l’Est n’ont pu acquérir
que 5% des entreprises). Mais cette coupure est appelée à s’atténuer.
Mais
un autre clivage tend à prendre de l’importance et à revenir au premier
plan. Ce clivage est plus ancien : il correspond à une frontière religieuse
(protestants au nord, catholiques au sud), linguistique et historique (le sud
n’a été intégré à l’Allemagne qu’en 1866-71). Les dynamiques
spatiales actuelles privilégient surtout le Sud. Le Nord, avec ses industries
traditionnelles en crise (productions standardisées de masse) perd des emplois.
Le Sud, avec ses industries de la seconde génération (productions différenciées
à forte valeur ajoutée) gagne des emplois. En plus, il dispose des fonctions
de recherche et de direction. Ainsi, si l’on découpe l’Allemagne en trois régions,
le Nord-Ouest occupe 37% de la superficie, mais 50% du PIB, le Sud 32% du
territoire et 36% du PIB, et enfin l’Est 32% du territoire, pour seulement 14%
du PIB.
A/ LA DORSALE RHENANE : CENTRE DE LA
PUISSANCE ALLEMANDE
L’évolution de la première moitié du
XXè siècle a profité, en dehors des pôles urbains existants, au fossé du
Rhin (Rhin-Main et Rhin-Neckar), aux Börde de Basse-Saxe, et la division de
l’Allemagne a renforcé ces régions. L’épine dorsale de la puissance
allemande est constituée par la ligne Düsseldorf-Francfort-Munich. Cet axe qui
ne correspond qu’en partie à la vallée du Rhin forme la partie centrale de
la dorsale européenne. L’ensemble est très fortement peuplé et très
fortement urbanisé, et bénéficie d’infrastructures (transport fluvial,
ferroviaire, autoroutier) performantes. C’est la zone où se concentrent les
activités de pointe et les principales firmes dans les secteurs industriels et
tertiaires.
Cette dorsale se décompose en plusieurs
sous-ensembles plus ou moins dynamiques.
1/ La Ruhr
Région
anciennement industrialisée (charbonnages, industries lourdes), la Ruhr évolue
par la diversification de ses industries et par la tertiarisation. Le taux de chômage
atteint encore un niveau élevé (16% début 1997, statistiques allemandes). De
1978 à 1990, elle a perdu plus de 100.000 emplois dans la sidérurgie et les
charbonnages, mais en a gagné autant dans les services aux particuliers et aux
entreprises. Globalement, la Ruhr avait perdu des emplois depuis 1961 et des
habitants depuis 1966, mais la tendance s’est inversée en 1987 : depuis, la
Ruhr connaît une croissance de population.
–
Cologne (près de 1 million d’habitants pour la commune, 4è rg), plusieurs sièges
sociaux importants de sociétés industrielles et tertiaires (Bayer, Lufthansa,
assurances, grands magasins Kaufhof), place financière, foyer culturel, centre
universitaire (3è rg pour le nombre d’étudiants), ville de congrès et de
foires, centre touristique.
–
Düsseldorf (577.000 hab.) : capitale du Land de Rhénanie du Nord-Westphalie
(le plus peuplé d’Allemagne), fonctions financières et industrielles (siège
de Thyssen, présence de Mannesmann) , capitale de la mode, place favorite des
investisseurs japonais des années 70 à 1990 (ex. présence d’un trade-center
taïwanais).
–
Essen (625.000 hab.) : ville de Krupp, mais l’industrie lourde a cédé la
place aux constructions mécaniques et au secteur tertiare (près de 70% de la
population active : design industriel, enseignement technique supérieur).
–
Bonn : (350.000 habitants) proche de Cologne, centre universitaire, a conservé
quelques institutions fédérales de première importance (Bundesrat, ministères...).
2/ La “Sun Belt Allemande”
-
Le sud (Bavière, Bade-Wurtemberg, région Rhin-Main) possédaient des
industries diversifiées (depuis 1945) : la construction automobile avec les sièges
sociaux des entreprises (Opel près de Francfort, Mercedes-Benz à Munich, Audi
à Ingolstadt) et des unités de fabrication et de sous-traitance (Bavière, sud
de la Hesse), les industries électroniques et électrotechniques (Siemens à
Munich, Bosch à Stuttgart), l’industrie chimique (Hoechst à Francfort). Mais
il a bénéficié d’implantations plus récentes : la haute-technologie qui
s’appuie sur le potentiel de recherche, l’attraction du cadre de vie (ex.
stations de sports d’hiver comme Garmisch-Partenkirchen), les contraintes
sociologiques moins pesantes (en particulier le taux de syndicalisation). Le
taux de chômage est faible (moins de 8%) bien que la population n’ait pas
cessé d’augmenter (+ 5% entre 1985 et 1995).
-
Emblématique de ce dynamisme du Sud est la Bavière : elle a une personnalité
historique (1806 : royaume) et culturelle forte basée sur des valeurs
traditionnelles, conservatrices et catholiques, (se considère comme un “Etat
libre”, Freistaat, a son propre parti, la CSU), mais elle est aussi le plus
grand et plus riche des Länder, le 2è pour la population, le 1er pour
l’agriculture, produit 20% des automobiles, 40% de l’industrie aéronautique
et spatiale et de l’informatique.
–
Francfort (650.000 hab.). 1er aéroport allemand, siège de la Bundesbank, fait
figure de capitale économique et financière de l’Allemagne (appelée parfois
Mainhattan ou Bankfurt). principal carrefour routier et ferroviaire, ville de
foires et de salons, port fluvial, se trouve un peu excentrée depuis 1990, mais
reste au coeur de la construction européenne (siège de l’institut monétaire
européen)
– Munich (1,3 million d’hab.). principale
agglomération après Berlin dont elle fut longtemps la rivale sur le plan
culturel et économique. industries de haute technologie, important potentiel de
recherche 1ère université allemande, Max Planck Institut), ville de télévision,
de cinéma, de théâtre, premier centre d’édition, nombreux sièges sociaux
(BMW, Allianz), activités industrielles (agro-alimentaire –> brasseries,
électronique, automobile).
–
Stuttgart (584.000 hab.). place bancaire, industrie automobile (ville de Karl
Benz, de Gottlieb Daimler et de Robert Bosch), centre culturel.
3/ Des périphéries intégrées
à la dorsale
-
Hambourg (1,7 millions d’hab.). (à la fois ville et Land). PIB par tête est
le plus élevé d’Allemagne. port qui bénéficie de l’ouverture de l’arrière-pays
de l’Elbe et de l’adhésion du Danemark et de la Suède à l’UE, bourse de
valeurs, industrie aéronautique (consortium Airbus).
–
Hanovre (500.000 hab.). chef-lui du vaste Land de Basse-Saxe, base industrielle
solide (siège de Bahlsen, de Continental), activités tertiaires dominantes
(finance, commerce, foires, centre de recherche).
–
Le bilan est plus mitigé pour la Sarre, plus petite, moins bien dotée en
villes. Mais les emplois perdus dans la sidérurgie ont été compensé en
partie par l’industrie automobile et la dynamique transfrontalière.
B/ L'EST, UN ESPACE EN DIFFICULTÉ
Le processus de privatisation a été
confiée en 1990 à une organisation fédérale spécialisée (la Treuhand) :
elle tenait alors entre ses mains... 80% de l’économie de l’ex-RDA. Cette
privatisation de l’économie est-allemande a été en majeure partie réalisée
dès 1994. Mais malgré tout, les écarts restent importants avec la partie
occidentale : les NBD représentent 20% de la population allemande mais
fournissent 10% du PIB, 1,8% des exportations ... mais plus de 30% des chômeurs...
1/ L’effondrement de
l’appareil productif
La
réunification avait engendré de très grands espoirs, et la transition de la
RDA (pays le plus avancé du bloc soviétique) vers l’économie de marché
semblait facile. En réalité, l’appareil productif s’est effondré.
–
l’unification monétaire a imposé le paiement des salaires en DM –>
d’où une augmentation brutale des coûts de production.
-
l’unification économique a entraîné une réorientation des flux commerciaux
vers l’Ouest : or les marchés occidentaux sont inaccessibles à l’industrie
est-allemande (productivité faible, qualité souvent médiocre)
–
la législation sociale, les régles de fonctionnement des entreprises, le régime
de la propriété, ont été alignés sur ceux de la RFA et ont donc pris le
contre-pied de ce qui existait auparavant en RDA.
L’appareil
de production est-allemand souffre donc d’une inadéquation structurelle, et
son déclin est en grande partie irréversible (exemple symbolique : arrêt de
la fabrication de la Trabant en novembre 1990 !). Vu les conditions peu
attractives, les investisseurs sont surtout ouest-allemands.
En
deux ans (1990-91) le PIB est-allemand a diminué de 45%, la production
manufacturière de 65%.
La
construction mécanique a perdu les 3/4 de ses emplois entre 1990 et 1995. Or,
l’industrie obéissait à une spécialisation géographique très forte, d’où
des sinistres importants : en un an et demi, la Thuringe a perdu 65% de ses
emplois industriels. D’où chômage et émigration vers l’Ouest.
La
diminution de la production et l’augmentation de la productivité ont entraîné
une chute de l’emploi: les emplois industriels s’élevaient à 3,4 millions
en 1989, à 1 million en 1996...
2/ Des raisons d’espérer
Quelques
secteurs industriels ont été modernisés grâce aux investissements
ouest-allemands, comme l’industrie chimique (Halle), la sidérurgie (Eisenhüttenstadt),
la construction automobile (l’usine Opel, à Eisenach, détient le record de
productivité d’Europe)... mais ces entreprises créent peu d’emplois.
L’Allemagne orientale a tout de même conservé son centre de gravité de
l’industrie situé aux confins de la Saxe, de la Saxe-Anhalt et de la Thuringe
avec Leipzig, Dresde, Chemnitz. La ville de Leipzig (500.000 hab.) dispose
d’un certain nombre d’atouts : sa position de carrefour sur l’axe
Berlin-Munich, son potentiel de recherche, ses industries de haute-technologie
(optique)...
Le
secteur du bâtiment et des travaux publics se porte bien à cause des besoins
en routes, en logements..., mais la demande risque de se ralentir.
La
privatisation a entraîné moins de problème pour le secteur tertiaire, le
commerce et les services. Le sous-équipement, la montée prévisible du niveau
de vie et la petite taille des établissements donnent même des perspectives
positives. L’hôtellerie-restauration, le commerce, les banques et assurances
créent des emplois. La productivité de certaines branches se rapproche de
l’ouest (activités financières), même si d’autres restent éloignées
(transports, télécommunications).
Le
secteur agricole laisse entrevoir de grands espoirs – même s’il y a de très
nombreux litiges fonciers.
Outre
la solidarité de la partie occidentale – dont on connaît aujourd’hui les
limites, l’ex-RDA a bénéficié des fonds de l’UE : mesures de transition
pour les productions ne respectant pas les normes européennes, maintien
provisoire des aides régionales ou sectorielles. En revanche, l’UE a voulu
rapidement appliquer la PAC : mise de terres en jachère, réduction de la
production de céréales et de lait. La politique régionale a bien évidemment
été concernée, puisque l’ex-RDA est entièrement éligible à l’objectif
1 (= régions en retard de développement) avec un PIB par tête comparable à
celui de l’Europe du Sud. En accord avec la RFA et les Länder, des priorités
ont été établies portant sur l’infrastructure, l’aide à
l’investissement productif (surtout service aux entreprises) et la formation
professionnelle. La contribution de l’UE s’élève à 26,5 milliards de DM
prévus pour la période 1994-99 (soit près de 11% de l’ensemble des fonds
structurels de l’UE). En 1995, l’Allemagne a perçu 13,7% des versements
européens, venant au second rang après l’Espagne.
3/ La désillusion
Malgré
des perspectives qui ne peuvent que s’améliorer avec le temps, c’est la désillusion
qui domine les esprits en ex-RDA. Le chômage est apparu – 18,9% de la
population active – et touche surtout les femmes (60% des chômeurs) et les
jeunes – et encore le chômage est masqué par les pré-retraites, le temps
partiel non désiré et les contrats de formation. La consommation de masse,
tant désirée, est inaccessible pour la moitié de la population. Un certain
nombre de services, autrefois presque gratuit tels que le logement, l’électricité,
les transports en commun, ont vu leur prix grimper fortement. L’adoption de la
législation ouest-allemande apparaît parfois comme une régression (ex. sur
l’avortement).
Cette
désillusion se traduit pas des accès xénophobes, et par le vote protestataire
pour le PDS (parti héritier de l’ancien parti communiste).
De
nombreux litiges sur la propriété des biens fonciers et immobiliers ne sont
pas encore réglés.
Les
écarts de revenus entre les deux parties de l’Allemagne restent élevés. Le
niveau des salaires reste faible, même s’il est en voie de rattraper celui de
l’Ouest : dans l’industrie, les salaires à l’Est correspondent à 72 % du
niveau des salaires de l’Ouest (37% en 1990).
Le
rattrapage n’est pas encore achevé, et l’ex-RDA aura encore besoin
d’assistance pendant de nombreuses années. Ce qui implique des choix
politiques difficiles.
C/ BERLIN, UNE NOUVELLE CAPITALE POUR UNE
NOUVELLE ALLEMAGNE
Berlin
a été le symbole de la division de l’Allemagne. Berlin-Est, capitale de la
RDA, était considérée comme la vitrine du communisme et bénéficait donc
d’équipements de prestige. Berlin-Ouest, de son côté, étaient elle la
vitrine de l’Occident (–> emplois publics, subventions). Elle en a
conservé un grand perstige culturel et un grand potentiel de recherche (3
universités, 250 instituts de recherche). Avec la réunification (les deux
Berlin forment un Land) en 1990 et le transfert de la capitale en 1991, Berlin
est devenu le plus grand chantier du monde : il faut recomposer la ville, les
abords du mur étaient une zone délaissée...
La
réunification a entraîné un afflux d’investisseurs –> spéculation,
grands travaux... Mais dès 1995, l’offre des bureaux et des commerces dépassent
la demande (–> chute des prix), alors qu’il y a pénurie de logements et
hausse vertigineuse des loyers. A l’Est les licenciements se sont multipliés,
ce qui entraîne des tensions sur le marché du travail dans la partie
occidentale (taux de chômage : 14%). Au plan économique, Berlin mise
maintenant sur les industries de haute technologie et à forte valeur ajoutée
et les services aux entreprises.
Les
fonctions de capitale fédérale restent incomplètes (Bonn conserve les 2/3 des
fonctionnaires fédéraux). La population n’augmente plus (3,5 millions
d’hab. pour le Land, 4,5 pour l’agglomération). La ville croule sous les
charges publiques – toutes les structures sont en double ! – et les impôts,
et les dettes (12.000 DM/habitant, + 266% entre 1991 et 1995 !). Peu
d’entreprises y ont installé leur siège (on en compte 3.. sur les 160 plus
grandes entreprises !).
Les
espaces urbanisés n’occupent que 60% du territoire (avantages : bonne capacité
d’accueil, accessibilité pour les automobiles, inconvénients : manque de
convivialité, grands vides). Mais le peuplement se disperse (au-delà des
limites du Land), des centres d’affaires périphériques surgissent... Une
partie du Brandebourg voisin vit déjà dans l’orbite de Berlin (ex. Potsdam
fait figure de ville-satellite). Mais la fusion des deux Länder a été refusée
en 1996 par le Brandebourg (illustration de la dégradation du climat à
l’est).
En
fait, Berlin dispose d’indéniables atouts et de certains handicaps. C’est
donc l’incertitude qui domine quant à son avenir malgré des perspectives qui
s’annoncent brillantes. Sa position géographique est l’expression de cette
situation ambiguë : pour l’instant excentrée au sein de la RFA et de l’UE,
elle pourrait trouver une position centrale avec l’intégration des pays d’Europe
centrale au sein de l’UE.
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