CHANGEMENT
SOCIAL ET INÉGALITÉS
~
INTRODUCTION
Problématiques
En
France, la lutte contre les inégalités a été un objectif prioritaire au
cours des années 1960 et 1970. Depuis le début des années 1980, cet objectif
est apparu à beaucoup comme dépassé car il génère un coût économique
croissant alors qu’une partie de la population subit un processus
d’exclusion sociale. Il ne s’agit plus dès lors d’inscrire dans la
Constitution des principes de justice sociale, universels et généraux, et d’étendre
continuellement les prélèvements sociaux, mais de mettre en œuvre des
politiques ciblées pour :
·
garantir un accès
effectif de tous les citoyens aux droits inscrits dans la Loi ;
- réduire l’exclusion et garantir la cohésion sociale ;
- assurer l’égalités des chances en tenant compte de la réalité
économique et sociale des individus.
L’analyse
des inégalités et de la mobilité sociale sont étroitement liées. Si l’étude
des inégalités renvoie principalement à une vision statique de la situation
économique et sociale à un moment donné, l’étude de la mobilité permet
d’avoir une image plus dynamique de l’évolution de la structure sociale au
cours du temps en analysant des trajectoires individuelles ou collectives. Elle
permet ainsi de vérifier le principe d’égalité des chances au cours de la
vie.
1.
Les inégalités
·
Comment les mesurer ?
- Quels en sont les facteurs ?
- Une démocratie peut-elle tolérer les inégalités tout en
garantissant la justice sociale ?
- Existe-t-il un lien entre inégalités et croissance économique ?
1.
La mobilité sociale
·
Comment mesurer la mobilité
sociale ?
- Quels en sont les facteurs ?
- L’école est-elle méritocratique ?
- Comment expliquer les inégalités scolaires ?
- Le diplôme permet-il d’accéder à une position sociale plus élevée ?
Liens avec d’autres chapitres
Cette partie
du programme renvoie aux autres chapitres de sociologie du programme :
·
la solidarité sociale :
les inégalités étant génératrices d’exclusion et de pauvreté, jusqu’à
quel point sont-elles tolérables sans remettre en cause la cohésion sociale ?
- les conflits sociaux : les inégalités et la demande d’une
demande d’une plus grande justice sociale sont à l’origine des conflits
économiques et sociaux et des mouvements collectifs.
Elle
induit également une réflexion sur le rôle économique et social de l’Etat,
garant de la justice et de la cohésion sociale à travers les politiques
qu’il met en œuvre. Les transformations du marché du travail ont également
leur rôle dans l’accroissement des inégalités (précarité et chômage).
CE QU’IL
FAUT SAVOIR
Les inégalités économiques et sociales
L’analyse
statistique révèle des inégalités économique au sein de la population française ;
ces inégalités sont plus ou moins importantes en fonction de l’indicateur
retenu. Ainsi, les écarts de revenus sont plus élevés que les écarts
de salaires ; ce phénomène s’explique par la forte progression des revenus
du patrimoine au cours des 20 dernières années alors que les revenus
d’activité progressaient plus lentement. Sans la forte progression des transferts
sociaux, 20% de la population française vivrait en dessous du seuil de
pauvreté relatif (90 francs par jour et par personne).
Les inégalités
dans la répartition des richesses sont encore plus importantes
puisqu’elles sont le résultat d’un processus cumulé sur plusieurs générations.
Ainsi, les 10% des ménages les plus riches de France détiennent la moitié du
patrimoine financier national.
Les inégalités
se manifestent également par des différences entre PCS dans les
domaines :
·
De la santé (espérance
de vie, accès au soins médicaux) ;
- Des loisirs (pratiques culturelles, vacances) ;
- De l’éducation (niveau de formation des enfants).
Le
marché du travail met en œuvre des mécanismes de discrimination. Les
femmes sont davantage que les hommes victimes de la précarité, des inégalité
de salaire et du chômage. Le faible taux d’activité chez les moins de 25 ans
combiné à un taux de chômage de 25% révèle les difficultés d’insertion
professionnelle de la jeunesse française. Aujourd’hui, le niveau de vie des
jeunes, qui ne bénéficient pas de l’accès au minima sociaux, est en
moyenne la plus bas de toutes les générations.
Les facteurs des inégalités
La
disparition du modèle fordiste a conduit à multiplier les formes particulières
d’emploi et les statuts professionnels. Les salaires intègrent de plus en
plus souvent une part flexible, destinée à motiver le salarié dans son
travail. L’élévation du niveau de formation initiale conduit à écarter
durablement les jeunes sortis du système scolaire sans diplôme, et les anciens
salariés qui n’ont pas fait évoluer leurs compétences professionnelles (notion
d’employabilité sur le marché du travail). Enfin, il existe de grandes différences :
·
de salaires ;
- d’accès à la formation continue ;
- d’avantages sociaux ;
- de perspectives d’évolution professionnelle entre les PME et
les grandes entreprises, et entre les branches professionnelles.
Démocratie et inégalités
Contrairement
à ses prédécesseurs (Montesquieu) qui ne voyait dans la démocratie
qu’une forme de gouvernement, Alexis de Tocqueville a été le premier à y
voir un état social. L’égalisation des conditions ne se
confond pas avec la simple égalité matérielle ; elle est une égalité
des droits et une perception subjective des individus qui se sentent égaux et
semblables (contrairement à la société monarchique et ses privilèges).
Associée
aux problème de l’exclusion, de la pauvreté et de la solidarité, la justice
sociale est plus fondamentalement liée au moyens propres à assurer la cohésion
sociale. Basée sur l’égalité des citoyens, elle prend plusieurs
dimensions et renvoie à la fois à:
·
l’égalité des droits c’est à dire l’égalité des individus devant la Loi ;
- l’égalité des situations
qui se fonde sur la réalité économique et sociale des individus;
- l’égalité des chances
qui correspond aux possibilité d’ascension sociale en fonction du mérite
personnel.
Certains
de ces principes peuvent entrer en contradiction. Ainsi, appliquer une stricte
égalité des droits à toute la population peut conduire à renforcer la
reproduction sociale. La discrimination positive, qui consiste à privilégier
les populations défavorisées va à l’encontre de l’égalité des droits
mais vise à garantir l’égalité des chances en tenant compte de la situation
économique et sociale (exemple des Zones d’éducation prioritaires à l’Education
nationale). John Rawls propose une vision renouvelée de la justice sociale en
introduisant le concept d’équité. La lutte contre les inégalités ne
se justifie pas si elle conduit à un inefficacité croissante du système économique.
A l’inverse, des inégalités sont tolérables si :
·
elles permettent d’accroître
la richesse globale et d’en faire bénéficier les plus démunis ;
- elles permettent la mobilité sociale et respectent l’égalité
des chances pour tous.
Croissance et inégalités
L’analyse
empirique révèle un accroissement continu des inégalités dans tous les pays
de l’OCDE depuis une vingtaine d’années. Mais les comparaisons
internationales ne permettent pas d’établir une corrélation entre croissance
des inégalités et croissance du PIB. Les théories s’affrontent sur le sens
qu’on peut donner à cette relation. Pour les néoclassiques, les inégalités
sont indispensables car elles permettent de garantir l’épargne nécessaire au
financement des investissements (le taux d’épargne augmentant avec le
revenu). Les régulationnistes remarquent que la distribution des revenus
sociaux permet :
·
d’élargir la
consommation et de soutenir la croissance ;
- de maintenir la consommation des ménages en cas de ralentissement
de la conjoncture (amortisseur conjoncturel).
La mobilité sociale
La mobilité
sociale désigne le passage d’un individu ou d’un groupe d’individus
d’une catégorie sociale à une autre. L’étude des tables de mobilité
révèle qu’il existe une mobilité nette, c’est à dire que les flux
sont supérieurs à ce qui aurait été requis par la seule évolution de la
structure des emplois. Ce phénomène tend à montrer une réduction de l’inégalité
des chances dans la population française et une amélioration des chances
d’accès aux catégories supérieures pour tous les milieux sociaux. (cf. tables
de destinées).
Il faut
cependant remarquer que les trajectoires sont généralement courtes, ce qui
signifie que les échanges se réalisent surtout entre catégories proches. 10%
seulement des enfants d’ouvriers sont devenus cadres supérieurs contre 35%
pour les professions intermédiaires. La reproduction sociale demeure
importante (près de 50%) pour les catégories situées aux extrémités de la hiérarchie
sociale, les cadres supérieurs et les ouvriers. Enfin, les tables de
mobilité présentent des limites méthodologiques importantes puisqu’elles ne
retiennent qu’un quart de la population active dans leur champ d’étude.
La mobilité
structurelle, qui est le principal facteur de la mobilité sociale
s’explique par :
·
les transformations de la
structure des emplois (recul des ouvriers non qualifiés, hausse du nombre de
cadres supérieurs, des professions intermédiaires et des employés,
salarisation des emplois) ;
- l’arrivée de nouveau actifs sur le marché du travail (immigrés
jusqu’en 1975, femmes depuis les années 60) qui créent des postes
d’encadrement pour les actifs déjà en place.
Ecole et mobilité sociale
Au début
des années 80, la France s’est fixé comme objectif de faire passer, en une génération,
de 30 à 80%, le pourcentage d’une classe d’âge au niveau du baccalauréat.
Cette progression de l’enseignement secondaire a débouché sur une forte
hausse de la population étudiante et des diplômés du supérieur. Le nombre de
sortants du système éducatif sans diplôme est passé de 100 000 à 20 000 par
an.
Cependant,
des inégalités persistent entre les milieux sociaux. Les enfants des classes
supérieures sont surreprésentés dans les filières les plus sélectives qui
donnent accès aux meilleurs postes sur le marché du travail (3ème
cycle universitaires et Grandes Ecoles).
Deux
approches théoriques tentent d’expliquer la persistance des inégalités
sociales dans le système scolaire. Pierre Bourdieu analyse pour cela le
fonctionnement de l’institution scolaire. Il montre que la fonction de l’école
est de reproduire les inégalités sociales en privilégiant la culture savante
que les enfants des classes supérieures sont plus à même de maîtriser grâce
à leur milieu familial (notion d’habitus). Le capital culturel sont
ils héritent (pratiques langagières ou compréhension des règles du système
scolaire) leur donne un avantage par rapport aux enfants des milieux populaires.
L’école participe à la reproduction des inégalités de génération en génération
par l’idéal (le mythe ?) égalitaire de stricte neutralité qu’elle
entretient. Raymond Boudon adopte, lui, une démarche individualiste en
expliquant les inégalités des chances à partir des comportements individuels.
Les élèves sont considérés comme des acteurs rationnels mettant en œuvre
une stratégie qui consiste à maximiser les gains (revenus et prestige
procuré par le diplôme) tout en minimisant les coûts et les risques liés à
la poursuite d’études (doublement, frais de scolarité, manque à gagner du
fait de l’inactivité professionnelle). L’école agit comme un filtre à
chaque palier d’orientation. Les enfants des classes populaires sous-estiment
les avantages et surestiment les coûts de la poursuite d’études et
s’excluent eux-mêmes des filières valorisantes sur le marché du travail.
L’école n ‘est donc pas responsable des inégalités scolaires.
La
multiplication du nombre de jeunes diplômés sur le marché du travail a
conduit à une perte de rendement du diplôme. La détention d’un simple titre
de l’enseignement supérieur ne garantit plus l’obtention d’un poste élevé
dans la hiérarchie professionnelle. La sélectivité du cursus (présence
d’un concours d’entrée) et le capital social dont disposent les
jeunes sont plus déterminants que jamais pour accéder à des fonctions élevées
dans le monde du travail et bénéficier de perspectives d’évolution
professionnelle.
CE QU’IL
FAUT SAVOIR FAIRE
|
Savoir
calculer et analyser:
- une moyenne
- une médiane
- des déciles
- une courbe de Lorenz
|
Savoir lire
et analyser :
- une table de mobilité
- une table des recrutements
- une table des destinées
|
LES MOTS POUR
LE DIRE
|
Démocratie
Egalité
Equité
Inégalité
des chances
Justice
sociale
Stratification
sociale
PCS
|
Hiérarchie
sociale
Elites
Capital économique
Capital
social
Capital
culturel
Reproduction
sociale
|
Mobilité
structurelle
Mobilité
nette
Mobilité
intergénérationnelle
Mobilité
intragénérationnelle
Mobilité
verticale
Mobilité
horizontale
|
OBJECTIF BAC
Des sujets
- Les inégalités sont-elles toujours incompatibles avec la démocratie ?
- Vous analyserez le rôle de l’école dans la mobilité sociale.
- Dans quelle mesure l’école favorise-t-elle l’ascension sociale ?
- Peut-on parler d’une démocratisation de l’enseignement supérieur ?
- Réalité et limites de la démocratisation de l’université.
- Après avoir expliqué les déterminants des choix scolaires, vous
étudierez les conséquences de ces choix sur la mobilité sociale.
- La durée moyenne des études s’allonge en France depuis une
vingtaine d’années. Cette évolution réduit-elle l’inégalité des
chances d’accès aux positions sociales les plus élevées ?
- Après avoir étudié la mobilité sociale en France, vous vous
demanderez si la mobilité réduit les inégalités.
- Peut-on parler d’une tendance à la moyennisation dans les sociétés
occidentales contemporaines ?
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