CHANGEMENT SOCIAL ET CONFLITS

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 INTRODUCTION

Problématiques

    Ce chapitre a pour objet de s’interroger sur l’origine et la fonction du conflit dans les sociétés modernes. Le conflit débouchant généralement sur une action collective qui mobilise des acteurs et des enjeux sociaux, les motivations de cette action qui engage un grand nombre d’individus seront également abordées. 

Les sujets du baccalauréat concernent essentiellement :

·         la pertinence de la pensée de Marx dans l’analyse des conflits sociaux aujourd’hui ;

  • le rôle des syndicats dans les conflits du travail.

Liens avec les autres thèmes

    Centré principalement sur le monde du travail, ce chapitre est relié directement au thème économique des mutations du travail et de l’emploi. Il se rattache aussi aux problématiques des inégalités (comme origine du conflit) et de la solidarité (par la nature même de l’action collective) dans le changement social.

CE QU’IL FAUT SAVOIR

L’évolution des conflits sociaux

    Dans un sens général, le conflit social est synonyme d’affrontement entre des acteurs sociaux dont les formes et les enjeux peuvent être multiples. Si le conflit se manifeste dans un premier temps par un discours, il débouche généralement sur une action collective (grève, réunions ou manifestation).

    Au 19ème siècle, les premières grèves d’ouvriers ont pour objet l’augmentation des salaires, la réduction de la durée du travail, l’amélioration des conditions de travail et la protection des salariés contre les événements de la vie qui provoquent une interruption de l’activité professionnelle et supprime toute ressource (vieillesse, maladie, accident du travail). Les conflits du monde du travail opposant les syndicats et le patronat permettent une avancée progressive des droits sociaux des salariés qui se généralise avec la création de la Sécurité sociale en 1945. Les conflits se poursuivent cependant, avec des revendications qui se maintiennent sur les mêmes thèmes. La négociation collective entre les partenaires sociaux s’institutionnalise est devient le mode de règlement normal du conflit.

    La grève générale de 1968 constitue une rupture puisqu’elle fait apparaître pour la première fois une remise en cause radicale des méthodes de production tayloriennes utilisées dans l’industrie. Les années 1970 sont marquées par " la révolte des OS " qui oblige les entreprises à revoir l’organisation de la production, caractérisée par des dysfonctionnements et des conflits sociaux à répétition.

    Le nombre de journées de grève s’est considérablement réduit depuis une vingtaine d’années et, en période de ralentissement conjoncturel, la majorité des conflits porte sur la sauvegarde des emplois et la lutte contre la délocalisation ou la robotisation des unités de production. Le conflit social devient plus défensif que revendicatif. Parallèlement de nouvelles formes de conflits sociaux sont apparues impliquant de nouveaux acteurs, jusque là étrangers aux actions collectives :

·         coordinations d’infirmières ou d’internes dans les services d’urgence des hôpitaux qui font grève en dehors de toute organisation syndicale;

  • associations de chômeurs, collectifs de sans-papiers ou de sans-logis  qui occupent des ASSEDIC, des églises ou des logements vides pour interpeller les pouvoirs publics et les médias;
  • manifestations d’associations représentant des minorités (femmes, homosexuels, lycéens et étudiants) ou la société civile (ONG), qui manifestent de façon spectaculaire et peuvent bloquer la réunion d’organismes internationaux (cf. Seattle ou Washington).

    La grèves des services publics en 1995 (concernant à l’origine un nouveau plan de réforme de la sécurité sociale) a débouché sur un mouvement social. Il a révélé un rejet collectif des grandes orientations de politique économique et des choix sociétaux qui ont été mis en œuvre par les gouvernements successifs depuis une vingtaine d’année, toutes orientations politiques confondues :

·         libéralisation du marché du travail ;

  • privatisation des entreprises ;
  • suppression des monopoles publics.

Les théories du conflit et de l’action collective

    Deux approches sociologique donnent des interprétations différentes du rôle du conflit dans le changement social. Cependant, elles s’accordent à dire que l’action collective est le moyen par lequel les groupe sociaux peuvent résoudre les situations conflictuelles.

·         L’analyse marxienne voit dans le conflit la source d’un changement radical de l’organisation économique et sociale.

  • Les autres sociologues voient plutôt dans le conflit un processus inhérent au fonctionnement normal de la société moderne.

    Pour Marx, la lutte des classes constitue le moteur de l’Histoire. Elle est au fondement du changement social car elle révèle les antagonismes de tout mode de production. Le conflit traduit une relation de domination entre classes sociales. L’époque moderne voit s’opposer deux classes sociales : la bourgeoisie et le prolétariat. La bipolarisation engendré par la capitalisme finira par éliminer les autres groupes sociaux. Marx affirme que les rapports sociaux sont déterminés par l’organisation du mode de production. Alors que le résultat de la production (la marchandise) a un usage social, les moyens de production font l’objet d’une propriété privée. La valeur de la marchandise est ainsi accaparée par le propriétaire qui extorquent aux travailleurs le produit de leur labeur pour son usage personnel. De cette contradiction, il résultera un jour où l’autre une crise révolutionnaire qui débouchera sur un nouveau mode de production : le socialisme. La collectivisation des moyens de production permettra une transformation des rapports sociaux .

    Les autres sociologues ne partagent pas une vision si radicale du conflit. Plutôt que de parler de contradiction, ils avancent que le conflit naît de divergences entre les acteurs sociaux. Pour Simmel comme pour Weber, le lien social se tisse à travers les conflits qui agitent les sociétés. Le conflit signifie une mise en relation d’acteurs sociaux poursuivant des objectifs distincts. Il a donc un rôle d’intégration et de socialisation. Le conflit révèlent les différences d’intérêts qui traversent la société et représentent un processus par lequel ces tensions se résolvent. Durkheim relève que le conflit est une constante de toute société et que l’abondance n’est pas à même d’y mettre fin.

    Les prolongements contemporains se sont attachés à montrer que la participation à l’action collective en cas de conflit ne va pas de soi et que d’autres comportements sont envisageables. Olson a mis en évidence que des individus ont intérêt à ne pas à agir s’ils peuvent recevoir les gains engendrés par l’action sans avoir à en supporter les coûts (comportement du passager clandestin). Hirschman a montré que l’action (voice ou prise de parole) n’est qu’une alternative en situation de conflit. Les individus peuvent ne pas réagir (loyalty ou loyauté) ou décider de quitter l’organisation (exit ou défection).

Le rôle des syndicats

Les syndicats représentent la principale institution du monde du travail. Ils ont pour mission de représenter et de défendre les intérêts des salariés. Les économistes libéraux les accusent de perturber le fonctionnement du marché en bloquant le libre mouvement des salaires, créant ainsi du chômage. D’autres observateurs font remarquer que les syndicats contribuent à l’élévation de la productivité et permettent une coopération mutuellement bénéfique, entre l’entreprise et ses salariés. Au niveau national, les syndicats participent à la gestion paritaire des caisses de la sécurité sociale et à la régulation des conflits du travail par la négociation collective. La négociation collective (reconnue comme source de droit en 1936) s’opère entre les syndicats de salariés et les syndicats d’entreprises. Elle débouche sur des conventions collectives. La négociation peut s’organiser :

·         au niveau de l’entreprise (on parle d’accord d’entreprise) ;

  • au niveau d’une branche professionnelle (banque, textile, industrie mécanique....) ;c’est le cas le plus courant ;
  • au niveau national.

    Les conventions restent cependant soumises à la hiérarchie du Droit et doivent être plus favorables au salarié que la loi pour s’appliquer. Elles portent généralement sur les rémunérations, la durée du travail, la qualification et la formation des salariés.

    La diminution constante du nombre d’adhérents et de militants syndicaux, l’abstentionnisme aux élections prud’homales, la diminution du nombre de grèves, conduit à parler de " crise du syndicalisme français ". Avec un taux de syndicalisation de 12 %, la France se situe en queue de peloton parmi les PDEM. Ce recul de l’action syndicale s’explique par :

·         la précarité croissante et le chômage de masse qui affectent le monde du travail ;

  • un comportement plus individualiste de la part des salariés ;
  • le recul des grandes unités de production industrielles, bastions du syndicalisme ouvrier, au profit des activités de services.

    Cette crise s’explique aussi par la particularité du syndicalisme français, très politisé. Dans un contexte de dépolitisation relative, les salariés ont tendance à moins se reconnaître dans le syndicalisme incarné par la figure historique du militant engagé. De plus, les prestations sociales ne sont pas versés par les syndicats mais par les caisses de la sécurité sociale.

 

LES MOTS POUR LE DIRE

Classes sociales

Mouvement social

Action collective

Rapports sociaux

Régulation sociale

Lutte des classes

Syndicat

Groupe de pression

Institutionnalisation des conflits

Négociation collective

Mobilisation

L’action collective se caractérise par la réunion d’acteurs sociaux, qui ont des intérêts communs, et qui se réunissent pour faire connaître et aboutir leurs revendications.

OBJECTIF BAC

Des sujets

  • Vous analyserez les transformations des conflits sociaux depuis une trentaine d’années.
  • Après avoir rappelé le rôle des conflits du travail dans le changement social, vous en relativiserez l’importance.
  • Peut-on toujours parler de conflits de classe dans les pays développés à économies de marché ?
  • Peut-on parler d’une transformation des conflits sociaux dans les PDEM depuis le milieu des années 1960 ?
  • Dans quelle mesure peut-on parler d’une crise du syndicalisme ?
  • La diminution des conflits du travail est-elle le signe de l’affaiblissement de la lutte des classes ?

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